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L'anatomie du ligament antéro-latéral du genou

par P. Debraux | 12 Novembre 2013

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Il nous paraissait normal de parler de cette publication tant elle fait couler d'encre dernièrement dans les médias. Mais que les choses soient claires dès maintenant : il n'est pas possible de parler de découverte d'un nouveau ligament du genou humain et encore moins d'attribuer ce mérite à l'équipe de chirurgiens belges qui a publié les résultats de ses observations dans la revue Journal of Anatomy. Petit historique...

Fracture de Segond

Figure 1. Fracture de Segond... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

C'est le Dr. Paul Segond, chirurgien français, qui a le premier découvert le ligament antéro-latéral du genou lors d'observations sur les conséquences d'une forte rotation interne de la jambe, genou fléchi et cuisse immobile sur 40 cadavres. Il observe que "le point où la tension est la plus forte siège au niveau de cette portion de la capsule articulaire constituée surtout par les solides insertions de l'aponévrose fémorale en arrière et sur le tubercule de la tubérosité externe du tibia (tubercule du jambier antérieur). [...] Il existe en ce point du surtout fibreux articulaire une bande fibreuse, nacrée, résistante, qui, dans l'exagération du mouvement de rotation en dedans, subit toujours un degré de tension extrême".

Et c'est à partir de ces observations, que Paul Segond laissera son nom à la fracture de Segond (Fig. 1). Cette fracture est une fracture par avulsion (i.e., par arrachement) et elle est systématiquement observée lors de la rotation interne de la jambe. Pour Segond, "les fibres nacrées et résistantes qui forment la partie antéro-externe du surtout fibreux articulaire et dont nous avons signalé plus haut le degré de tension extrême, lorsque la jambe est tordue en dedans, exercent une traction violente sur leur point d'insertion et l'arrachent. Ce n'est jamais le tubercule de Gerdy qui cède, mais la portion d'os située immédiatement en arrière. Peut-être faut-il en chercher la raison dans la moindre résistance du tissu osseux en ce point. Quelle que soit d'ailleurs l'explication, le fait est constant, et c'est là ce qu'il faut retenir".

Les travaux chirurgicaux qui suivront ensuite confirmeront que la fracture de Segond précède la rupture du ligament croisé antérieur. Mais que ce soit Segond ou les études suivantes, personne n'avait caractérisé cette bande fibreuse de ligament et les livres d'anatomie ne faisaient toujours pas mention de cette structure. Dans les années 1970, puis 2000, plusieurs études y ont fait référence comme d'un ligament capsulaire latéral au tiers moyen, mais sans photographies, ni dessins. Et c'est en 2012, qu'une équipe de chirurgien français s'est intéressée spécifiquement à cette structure fibreuse pour déterminer son anatomie ainsi que sa composition. S'ils l'ont bien considéré comme un ligament antéro-latéral, il semble que leur description anatomique ne soit pas tout à fait identique à ce qu'ont observé les chirurgiens belges...

L'étude réalisée

Pour cette étude, les chirurgiens belges ont disséqué 41 cadavres (19 femmes et 22 femmes, âgés de 61 à 93 ans). Tous les sujets présentaient des genoux sains. Les genoux étaient fléchis à environ 60° avec un léger moment de force interne appliqué sur la jambe afin de révéler les structures fibreuses en tension. Toutes les structures fibreuses latérales du genou ont été mise en évidence en sectionnant les tendons qui s'insèrent dans cette zone. Cela a permis aux chirurgiens de déterminer avec précision sur chaque cadavre, les insertion et terminaison du ligament antéro-latéral et de le mesurer.

Illustration anatomique du genou en vue latérale

Figure 2. Illustration anatomique du genou en vue latérale... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Résultats & Analyses

Les résultats principaux montrent que sur les 41 cadavres, 40 présentent le ligament antéro-latéral (LAL), soit 97.6%. Il est identifié comme une structure ligamentaire distincte de la face latérale du genou. Dans tous les cas, le LAL s'insère sur l'épicondyle latéral du fémur, légèrement antérieur à l'insertion du ligament collatéral externe et proximal et postérieur à l'insertion du tendon du muscle poplité (Fig. 2). Les fibres proximales postérieures du LAL se mélangent avec celles du ligament collatéral externe. Le trajet du corps du LAL est oblique, en avant et vers le bas. Les chercheurs décrivent également une forte connexion entre le LAL et le tiers moyen du bord latéral du ménisque externe. Puis le LAL se termine sur la partie latérale et proximale du tibia, postérieur au tubercule de Gerdy.

Lorsque le genou est en extension complète, le LAL mesure 38.5 mm. Il mesure 41.5 mm lorsque le genou est fléchi à 90° (Fig. 2). Ce ligament est donc sous tension lorsque le genou est fléchi, et lorsque la jambe est en rotation interne. La largeur de son insertion est de 8.3 mm et la largeur de sa terminaison est de 11.2 mm. Son épaisseur moyenne est égale à environ 1.3 mm.

Les observations sur 40 cadavres rapportées dans cette étude s'opposent à la description faite par Vincent et al. (2012) qui décrivaient l'insertion du LAL antérieur à celle du tendon du muscule poplité avec un mélange de leurs fibres. Dans l'étude présentée ici, le LAL s'insère en arrière du tendon du muscle poplité. De plus, les auteurs de l'étude concluent que le LAL est clairement distinct du tractus ilio-tibial.

Applications pratiques

Cette étude présente de manière précise, photographies à l'appui, l'anatomie du ligament antéro-latéral. Les observations des chirurgiens belges sont précises et permettent de confirmer la présence d'une structure ligamentaire distincte de la capsule articulaire du genou et du tractus ilio-tibial. De part son insertion et sa terminaison, et en recoupant avec les observations de Segond (1879) et celles de Vincent et al. (2012), le LAL semble permettre la limitation de la rotation interne du tibia, comme le ligament croisé antérieur (LCA). La fracture de Segond ou la rupture du LAL entraînerait un plus grand risque de lésion pour le ligament croisé antérieur. Ainsi, même après une reconstruction réussie du ligament croisé antérieur, il peut paraître important pour les chirurgiens de vérifier le LAL si une instabilité est toujours ressentie par le sportif. Nous espérons que de futures études viendront compléter les connaissances actuelles sur le genou et sa rééducation.

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Références

  1. Claes S, Vereecke E, Maes M, Victor J, Verdonk P and Bellemans J. Anatomy of the anterolateral ligament of the knee. J Anat 223 (4) : 321-328, 2013.
  2. Segond P. Recherches cliniques et expérimentales sur les épanchements sanguins du genou par entorse. Progrès Médical (Paris) : 1-85, 1879.
  3. Vincent JP, Magnussen RA, Gezmez F, Uguen A, Jacobi M, Weppe F, Al-Saati MF, Lustig S, Demey G, Servien E and Neyret P. The anterolateral ligament of the human knee: an anatomic and histologic study. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 20 (1) : 147-152, 2012.

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