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Frank Kuhn, Préparateur Physique

par Sci-Sport.com | 27 Août 2013

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Bonjour Frank, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

F. Kuhn - J’ai 34 ans, je suis préparateur physique depuis 10 ans maintenant, j’ai travaillé avec des équipes de basketball professionnelles de 1ère division française, notamment avec le SIG Strasbourg. C’est une équipe qui a participée à l’Euroleague en 2005-2006 et qui a été championne de France ProA en 2005.

J’ai la particularité d’avoir une double casquette, c'est-à-dire que je suis également entraîneur de basketball. J’ai un Brevet d’Etat 2ème degré complet, et je peux entraîner une équipe de 1ère division. J’ai d’ailleurs été entraîneur au centre de formation de Strasbourg pendant 3 ans. Ensuite, j’ai quitté la France pour une expérience internationale en Roumanie. J’ai travaillé en préparation physique avec une équipe de handball. C’était une équipe féminine qui a été en finale de la Champion League l’année où j’ai été préparateur physique, et en demi-finale, l’année suivante. C’est une équipe qui a été championne de Roumanie. Je suis resté deux ans là-bas.

Frank Kuhn lors de son passage en Roumanie

Figure 1. Frank Kuhn lors de son passage en Roumanie... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Puis, avec cette expérience et mon parcours, j’ai eu une réflexion sur ce que je voulais faire. J’ai décidé de m’orienter plus sur du travail individualisé avec les sportifs. Car dans les équipes aujourd’hui, on a 14-20 joueurs, il est très difficile d’individualiser le travail. Et j’ai observé également à force de travailler avec des kinésithérapeutes et des ostéopathes, que le travail de récupération et de traitement était tout aussi important que le travail de préparation physique. J’ai alors développé un nouveau projet qui est de m’occuper spécifiquement d’un seul athlète. Je m’oriente donc vers un coaching individuel. Et pour cela j’ai démarré une formation d’ostéopathe que je fais dans une école à Biarritz, agréée par le ministère des Affaires Sociales et de la Santé. Je viens de terminer ma première année, et j’enchaine sur une seconde année.

Quel a été ton parcours universitaire ?

F. Kuhn - J’ai un Master en Préparation physique que j’ai obtenu à l’UFR STAPS de Strasbourg. J’ai également un B.E. 2ème degré en basketball que j’ai passé à l’INSEP, Paris et j’aurais bientôt un diplôme d’ostéopathe. A la sortie de cette école, je vais chercher à travailler avec des sports de très haut-niveau, vers des sportifs qui ont les moyens et l’ambition de se permettre un préparateur physique personnel.

Quelles étaient tes motivations pour t'orienter vers la préparation physique de haut-niveau ?

F. Kuhn - Ce sont les rencontres. Lorsque j’étais en S.T.A.P.S, la voie classique était généralement celle de professeur d’E.P.S. pour les collèges et les lycées. Mais la préparation physique était dans l’air du temps, et ils ont créé ce Master de préparatio, physique. J’y suis allé par curiosité, et j’y ai rencontré deux personnages qui m’ont marqués et influencés : Michel Dufour, préparateur physique du Racing Club Strasbourg, de Saint-Etienne, d’une équipe de Dubaï et qui a écrit plusieurs livres sur la préparation physique et qui était le directeur du Master. C’est quelqu’un d’une très grande compétence qui m’a donné le goût à ce métier. Et il y a Bernard Grosgeorge, qui lui est le premier préparateur physique dans le basketball français et qui m’a accepté comme stagiaire l’année de mon Master. Je suis parti à Paris à l’INSEP et j’avais des joueurs comme Johan Petro ou Yannick Bokolo qui sont actuellement en équipe de France. A l’époque, ils étaient encore de jeunes stagiaires. Bernard Grosgeorge m’a donc permis de travailler et de toucher tout de suite au haut-niveau.

Michel Dufour et Bernard Grosgeorge ont d’ailleurs accepté d’être membres d’honneur de notre association, l’Union des Préparateurs Physiques Professionnels (Union 3P). C’est un juste retour des choses. Et Frédéric Aubert, qui lui est préparateur physique de l’équipe Française de basket est un personnage qui lui aussi connait bien Michel Dufour et Bernard Grosgeorge. Il interviendra également dans notre conférence. Il y a donc toujours ce lien avec les anciens qui nous ont donné le goût.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ? A quel niveau ?

F. Kuhn - La dernière équipe avec laquelle j’ai travaillée était une équipe de handball, mais je travaille avec toutes les disciplines. En ce moment, juste pour la période estivale, je fais un stage pour mon école d’ostéopathie avec une équipe roumaine-hongroise, de 1ère division européenne, Odorhei. Puis, je retournerai à Biarritz pour continuer l’école. J’ai donc mis en suspens la préparation physique le temps des études. Mais ce que l’on fait en école d’ostéopathie me permet de rester en lien avec la préparation physique. Cela me permet de mettre en place des réflexions sur la pratique.

Frank Kuhn et le SZKC Odorhei

Figure 3. Frank Kuhn et le SZKC Odorhei...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Frank Kuhn et le SIG Strasbourg

Figure 2. Frank Kuhn et le SIG Strasbourg...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Depuis le temps que tu travailles dans le domaine du haut-niveau et avec l’expérience que tu as accumulée au fil des années, à quel point accordes-tu le plus d’importance aujourd’hui en préparation physique ?

F. Kuhn - C’est une très bonne question. Moi, j’individualise le travail, cela me parait être le plus important. Tout d’abord je vais essayer de savoir quelles sont les limites du joueur. Pour cela, j’ai des batteries de tests physiques et ostéopathiques. Je vais évaluer les qualités physiques, leur limite. Une fois cela obtenu, je vais me donner les moyens d’apporter des changements. Je vais travailler sur des modifications profondes, à long-terme.

Ensuite, je regarde la fonction, et c’est là où l’ostéopathie m’est utile. Si l’athlète ne fonctionne pas de manière optimale, c’est qu’il y a quelque chose qui l’empêche de fonctionner. Je vais donc essayer de savoir ce qui bloque et on va travailler à libérer les choses, afin de retrouver la fonction optimale. Seulement alors, on pourra proposer des choses à l’athlète pour qu’il performe plus dans son sport.

Donc on fait déjà un état des lieux, on essaye d’enlever tout ce qui ne fonctionne pas, et une fois que l’athlète est libre de ses mouvements, alors on propose une préparation physique plus individualisée et surtout plus spécifique à son sport. C’est la dernière étape.

J’essaye de ne pas partir dans des préparations physiques très spécifiques avant d’être sur que l’athlète puisse le faire.

Au niveau de la récupération et de la prévention des blessures, que mets-tu en place ?

F. Kuhn - C’est la grande tendance actuelle de la préparation physique. La récupération et la prévention étaient des notions qui étaient complètement occultées ces 15 dernières années et cela revient en ce moment très fort, avec de nombreuses méthodes : cryothérapie, chaussettes de compression, étirements et massages, quantification et dosage du temps de travail et du temps de récupération. Ce sont des choses qui n’existaient pas avant.

Aujourd’hui, on fait en fonction des moyens. Il y a des choses qui sont très couteuses, il faut donc s’adapter aux sportifs et aux structures dans lesquelles on travaille. Dans les petits clubs, il peut-être intéressant de mettre l’accent sur la prévention avec un check-up ostéopathique, 2 à 3 fois dans l’année. Cela permettra d’éviter des blessures. Il y a des choses simples, peu couteuses à mettre en place. Ensuite, on peut faire des bains chauds/froids, des massages, etc. Et finalement, lorsque l’on a plus de moyens, on peut utiliser la cryothérapie et toutes les autres méthodes qui permettront une meilleure récupération.

Quels sont les outils d’analyse que tu utilises au quotidien dans ton travail ?

F. Kuhn - Pour les tests, j’ai mon propre matériel, j’ai investi l’équivalent de 20 000 euros de matériel pour pouvoir me déplacer avec mon propre matos. J’ai des cellules de vitesse, des Myotests, des goniomètres, etc.

Au niveau de l’entraînement, j’utilise du matériel, mais je ne suis pas addict au matériel. Je suis capable de remplacer tout matériel par un équivalent. Pour la musculation, il faut pouvoir passer d’un développé couché à des pompes, d’un squat à un squat sur une jambe. Il faut savoir faire varier la difficulté en adaptant le matériel. Peu importe le matériel, ce qui est le plus important finalement, c’est de savoir que l’on fait avec ces outils. J’utilise donc tout, de la fonte, des TRX, des bandes élastiques, etc.

Video 1. Travail de la pliométrie © Frank Kuhn

Video 2. Entraînement avec l'équipe d'Odorhei © Frank Kuhn

Flyer de la conférence Union 3P

Document 1. Flyer de la conférence Union 3P... (Cliquez sur l'image pour le télécharger)

Tu es membre fondateur de l’association Union pour les Préparateurs Physiques Professionnels (Union 3P), peux-tu nous présenter l’association et son objectif ?

F. Kuhn - C’est essentiellement une rencontre de préparateurs physiques avec un objectif commun de rassembler tous les acteurs de la préparation physique professionnel en France. L’association se veut un lieu d’échange et d’informations. Nous voulons mettre en place une plateforme de partage et d’échange d’informations en vidéos, en articles, en idées, etc. Nous voulons que nos membres puissent venir récupérer des données qu’ils utiliseraient au quotidien.

Dans un deuxième temps, nous souhaiterions avoir des partenariats avec des fédérations, des ligues, pour proposer éventuellement des formations ou être garant d’un certain niveau. Par exemple, nous pourrions proposer des certificats qui permettraient de garantir qu’un préparateur physique possède un certain niveau garanti par l’Union 3P. C’est le futur de notre développement.

Aujourd’hui, nous organisons une conférence internationale qui se tiendra les 6 et 7 septembre prochains à Paris et qui proposera aux préparateurs physiques et à tous ceux qui y participeront, des références de haut-niveau. Nous faisons venir des préparateurs physiques de NBA pour démocratiser le savoir, pour expliquer comment le haut-niveau fonctionne. Donc aujourd’hui, nous essayons de créer un réseau. Car nous sommes arrivés dans la préparation physique par des concours de circonstances et nous, ce que nous souhaitons, c’est que la conférence de l’Union 3P permette de cimenter le réseau des préparateurs physiques en France. Nous travaillons pour que les gens communiquent plus facilement, se rencontrent et que les choses deviennent plus simples à l’avenir pour les plus jeunes.

Pour cette première conférence, nous avons une très belle affiche avec le top niveau français : Frederic Aubert, préparateur de l’équipe française de basketball, Vincent Cavelier sur le rugby, Yohann Casin, kinésithérapeute de l’équipe de France, Arnaud Ferec, etc., et la présence de préparateurs physiques professionnels comme Eric Walters, Olivier Bolliet, etc. Il y aura pas mal d’échanges en dehors des conférences. Ce sera vraiment très intéressant.

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

F. Kuhn - Ce que j’apprécie le plus, c’est l’absence de routine car on est constamment évalué. Et cette notion de performance prend tout son sens avec les défis professionnels. Ce que j’aime c’est de mettre en place des méthodes et des techniques qui permettent de faire évoluer les sportifs. Ce que j’aime c’est le travail avec l’athlète et la capacité à le faire mieux performer pour le futur. Seule la compétition de haut-niveau et les équipes professionnelles peuvent m’apporter cela. Le stress de la compétition, le dépassement, ce sont les choses dont j’aurais le plus de mal à me passer aujourd’hui.

Après ce que j’aime le moins, ce sont les limites à la fois dans les structures et dans le milieu professionnel. Nous avons parfois des sportifs qui sont plus des salariés que des compétiteurs. Ce que je n’aime pas ce sont les gens qui profitent d’un système. Le sport prend tout son sens dans le dépassement de soi. Et on a parfois des sportifs qui se satisfont du niveau qu’ils ont pu atteindre et qui ne cherchent pas la perfection. Je n’aime pas travailler avec ces gens là.

Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaiteraient s'orienter vers la préparation physique ?

F. Kuhn - Je leur conseillerais d’aller rapidement sur le terrain, d’entraîner le plus possible, d’être un bon préparateur physique mais de s’intéresser également au technico-tactique, à la diététique et aux aspects médicaux. En fait, d’essayer d’avoir une compréhension globale et d’ensuite d’avoir une expertise très fine et très précise dans leur domaine de prédilection de manière à pouvoir communiquer facilement avec les autres membres du staff. Car le préparateur physique n’est pas seul, il travaille toujours avec un entraîneur, un kinésithérapeute et un médecin, il faut donc pouvoir être à l’écoute et expliquer ce que l’on fait. Il faut avoir une analyse globale et s’ouvrir. Et enfin, il faut pratiquer. Il faut que les joueurs sentent que le préparateur physique est à l’aise avec ce qu’il propose.

Il ne faut pas rester sur le théorique. Le théorique est très important, car il permet de comprendre. Il faut passer par les formations universitaires qui apportent tout ce bagage scientifique car il est aujourd’hui essentiel. Il faut donc comprendre ces paramètres et être bon sur le terrain afin de pouvoir le traduire auprès de ses joueurs. C’est la difficulté et j’ai mis 10 ans à l’obtenir.

Ensuite, il faut chercher des structures pour qui la préparation physique est importante. Ce n’est pas une question d’argent mais de volonté, d’ambition de club. Il faut aller dans des clubs qui ont l’ambition de réussir.

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

F. Kuhn - Ce sont des allers-retours incessants. Je ne peux pas après 6 mois ou 1 an de travail me suffire en termes de connaissances. Il faut que je retourne dans la littérature et que je mette à jour mes compétences. J’échange avec les chercheurs, et tout cela me permet d’apporter de nouvelles choses sur le terrain. La préparation physique est un métier qui est en complète évolution. Il faut donc rester ouvert sinon on est très vite dépassé.

Merci Frank d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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