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Association entre sédentarité et mortalité : impact de l'activité physique

par P. Debraux | 15 Octobre 2019

sédentarité, activité physique, inactivité, sport, exercice, obésité, diabète, mortalité, cancer, maladies

Selon un consensus international, la sédentarité correspond à toutes activités éveillées qui se déroulent en position assises ou allongées. Cela comprend toutes les activités dont la dépense énergétique est inférieure ou égale à 1.5 METs. Le MET est un "équivalent métabolique", une unité arbitraire qui correspond à votre dépense énergétique assis devant la télévision sans parler. La sédentarité est à ne pas confondre avec l'inactivité physique. En effet, l'inactivité physique implique qu'une personne n'atteint pas les objectifs fixés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) au niveau de l'activité physique minimale recommandée. L’OMS recommande un certain niveau d’activité physique pour des bénéfices sur la santé. Ainsi, il est recommandé de passer au moins 150 minutes par semaine à pratiquer des activités modérées (entre 3 et 6 METs, soit 7.5-15 METs-h/sem) ou au moins 75 minutes par semaine à pratiquer des activités intenses (supérieures à 6 METs, soit >15 METs-h/sem). Cela signifie que pour suivre ces recommandations de santé, vous pouvez réaliser par exemple 5 séances de 30 minutes de course à pied (6.5 km/h correspond à 6 METs) par semaine ou 3 séances de 25 minutes de course à pied à 10 km/h (10 METs).

Toutefois, être physiquement actif (i.e., remplir les critères de l'OMS) ne signifie pas pour autant ne pas être sédentaire. L'un n'est pas l'opposé de l'autre. Nombreuses sont les personnes qui passent une grande partie de leur journée en position assise mais qui effectuent une séance de sport chaque jour. Ces personnes suivent les recommandations de santé publique, et sont donc physiquement actives, mais elles sont également sédentaires. Or, rester assis entre 4 et 6h diminue la quantité et l’activité de la lipoprotéine lipase, une enzyme présente dans le sang qui permet l’hydrolyse des triglycérides sanguins afin que les acides gras libres pénètrent dans le muscle. Cette diminution a pour conséquences d’augmenter la concentration sanguine en triglycérides, des lipoprotéines de faible densité (LDL), de diminuer celle en lipoprotéines de haute densité (HDL), et de diminuer la sensibilité à l’insuline. Et ce phénomène a été observé chez des personnes non-sportives et chez des athlètes d’endurance après 2 semaines sans entraînement. Les périodes assises prolongées ont également des effets néfastes sur le métabolisme des glucoses, avec une diminution de la concentration en protéines transporteuses de glucose (GLUT-1 et GLUT-4), sur la densité minérale osseuse et sur la tension artérielle. Ce sont ces adaptations du corps à la sédentarité qui sont fortement corrélées aux maladies non-transmissibles comme le diabète de type 2, l’obésité, les maladies cardiovasculaires ou les cancers.

Beaucoup d'études se sont intéressées à l'arrêt du tabac, à une meilleure alimentation, une faible consommation d'alcool et à leurs effets dans la prévention et le traitement des maladies non-transmissibles. Mais beaucoup moins d'attention a été portée sur l'importance d'un style de vie actif (et moins sédentaire) dans cette prévention. L'inactivité physique serait responsable d'environ 5.3 millions de morts par an. Son coût économique internationale serait estimé à 67.5 milliards de dollars répartis en soins médicaux et en perte de productivité. Ainsi, une question demeure, est-il possible d'atténuer ou même d'éliminer les risques associés à la sédentarité en ayant une activité physique suffisante ?

L'étude réalisée

Pour répondre à cette question, une équipe internationale de chercheurs a réalisé une étude sur les liens entre la sédentarité, c'est-à-dire, le temps passé assis, l'activité physique et la mortalité. Pour cela, les chercheurs ont procédé à une méta-analyse regroupant 16 études et impliquant 1 005 791 personnes suivies sur une période de 2 à 18.1 années, durant laquelle 84 609 personnes sont mortes. À partir de ces études, les chercheurs ont récolté les durées journalières passées assis qu'ils ont réparties en 4 groupes (< 4 h/j, 4-6 h/j, 6-8 h/j et > 8 h/j), le niveau d'activité physique, réparti en 4 quartiles (< 2.5 MET-h par semaine, qui est équivalent à 5 minutes d'activité d'intensité modérée chaque jour ; 16 MET-h par semaine, qui est équivalent à 25-35 min d'activité d'intensité modérée chaque jour ; 30 MET-h par semaine, qui est équivalent à 50-65 min d'activité d'intensité modérée chaque jour ; et > 35.5 MET-h par semaine, qui est équivalent à 60-75 min d'activité d'intensité modérée chaque jour) et les causes de mortalité. Pour l'analyse, le groupe de référence était constitué des personnes qui s'assoient le moins (< 4 h/j) et qui sont les plus actives (> 35.5 MET-h/sem). Ils ont également récolté des informations sur le temps passé à regarder la télévision grâce à 3 études qui regroupaient 465 450 personnes (43 740 morts).

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de cette étude montrent qu'en comparaison avec le groupe de référence (ceux qui s'assoient le moins et qui sont les plus actifs), la mortalité lors du suivi était 12 à 59% plus grande pour les deux groupes les moins actifs (Fig. 1). Dans le second groupe le plus actif, seules les personnes assises plus de 4 heures avaient une mortalité plus élevée que celle observée dans le groupe de référence. Parmi les personnes les plus actives, les données n'ont montré aucune relation significative entre le temps passé assis et la mortalité, cela suggère qu'une quantité importante d'activité physique permet d'éliminer le risque accru de mortalité lié à la position assise. Les personnes qui étaient les plus actives physiquement et qui s'asseyaient plus de 8 heures par jour avaient un risque de mortalité moins élevé que les personnes les moins actives qui s'asseyaient moins de 4 heures par jour.

Association entre le temps assis, le niveau d'activité physique et la mortalité

Figure 1. Association entre le temps assis, le niveau d'activité physique et la mortalité.

Concernant le temps assis passé devant la télévision, les analyses ont montré des résultats similaires avec un taux de mortalité accru de 16 à 93% pour ceux regardant plus de 5 heures de télévision par jour (Fig. 2). Dans le groupe des personnes les plus actives, seules les personnes regardant plus de 5 heures de télévision par jour avaient un taux de mortalité supérieure (+16%). En comparaison, les personnes les moins actives qui regardaient moins d'une heure la télévision chaque jour avaient un taux de mortalité nettement supérieur (+32%).

Association entre le temps assis devant la télévision, le niveau d'activité physique et la mortalité

Figure 2. Association entre le temps assis devant la télévision, le niveau d'activité physique et la mortalité.

Les risques de mortalité supérieurs observés lorsque les personnes sont devant la télévision peuvent s'expliquer par les comportements alimentaires associés et par le moment de la journée où cela survient. En effet, le fait de regarder la télévision est plus souvent associé à des encas (salés ou sucrés) et à des boissons sucrées et/ou alcoolisées. De plus, le moment le plus opportun pour regarder la télévision est souvent le soir après le dîner qui est pour beaucoup de personnes le repas le plus riche de la journée. Cette longue période d'inactivité post-prandiale est généralement mauvaise pour le métabolisme des glucides et des lipides. De plus, les publicités n'aident généralement pas à changer les mauvaises habitudes alimentaires.

Applications pratiques

En 1994, l'épidémiologiste Jerry Morris décrivait l'activité physique comme le meilleur investissement pour la santé publique. Force est de constater pourtant que la sédentarité et l'inactivité physique n'ont eu de cesse de progresser depuis. Cette méta-analyse met en lumière le fort potentiel de l'activité physique dans la prévention globale des maladies non-transmissibles qui rongent nos sociétés modernes. Il est encourageant de voir que si de longues périodes assises ne peuvent être évitées durant la journée, l'effet négatif sur la santé associé à ce temps sédentaire peut être contrecarré par suffisamment d'activité physique durant d'autres moments de la journée. A l'inverse, même si vous vous asseyez peu, si votre niveau d'activité physique est insuffisant, les risques pour votre santé augmentent. De plus, et à titre de comparaison, les personnes qui s'assoient plus que 8h par jour et qui sont peu actives ont les mêmes risques de mortalité (+58%) que des fumeurs ou des personnes obèses.

Bien sûr, dans les études utilisées pour cette méta-analyse, l'activité physique n'était pas mesurée mais indiquée par les personnes elles-mêmes qui répondaient à des questionnaires standardisés et validés. Toutefois, des études ont montré que les gens ont tendance à rapporter des activités physiques plus grandes que la réalité. Il faut donc garder ce fait à l'esprit à la lecture de nombreuses données épidémiologiques sur l'activité physique et la sédentarité.

Notez que le niveau d'activité le plus élevé ici correspond à plus de deux fois la quantité d'activité physique recommandé par l'OMS. Mais lorsque l'on regarde les chiffres de près, les intensités considérées comme modérée et intense ont des seuils vraiment très faibles. Il est donc tout à fait possible pour un grand nombre de personnes de faire 60 à 75 min par jour de marche à allure rapide (3-6 METs), voire plus intense. Si des séances de renforcement musculaire sont ajoutées dans la semaine, l'objectif des 35.5 METs-h hebdomadaire est largement atteignable. Il est également important de mettre en place en parallèle une stratégie visant à réduire le temps sédentaire, ou en tout cas, à l'interrompre le plus possible (au bout de 4 heures en position assise sans se lever, la lipoprotéine lipase est déjà impactée, par exemple). Vous l'aurez compris, il faut littéralement se bouger les fesses !

Références

  1. Ekelund U, Steene-Johannessen J, Brown WJ, Wang Fagerland M, Owen N, Powell KE, Bauman A and Lee I-M. Does physical activity attenuate, or even eliminate, the detrimental association of sitting time with mortality ? A harmonised meta-analysis of data from more than 1 million men and women. The Lancet 388 : 1302-1310, 2016.

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