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Influence d’un entraînement en force sur la performance en golf

par A. Manolova | 4 Septembre 2013

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Depuis un peu plus d’une dizaine d’années, le golf a connu une forte croissance, passant de plus de 35 millions de joueurs en 2003 à plus de 65 millions de joueurs aujourd’hui dans le monde. Il est à ce titre le sport individuel le plus pratiqué. Depuis 2009, le golf est redevenu une discipline olympique et il sera au programme des Jeux Olympiques de Rio 2016.

Un long drive nécessite de frapper la balle le plus rapidement possible

Figure 1. Un long drive nécessite de frapper la balle le plus rapidement possible.

Le golf est un sport où la technique est prépondérante, et de ce fait, le développement des qualités physiques des joueurs n’est apparu que très tardivement dans cette discipline. La principale crainte étant que le geste et la performance qui en résulte soient détériorés par le gain de force et/ou le manque de souplesse qui pourrait survenir suite à un renforcement musculaire. Pourtant, les exigences de ce sport nécessitent une très bonne condition physique et des qualités de force, d’explosivité et de mobilité très importantes.

De nombreuses études ont montré que la vitesse de la tête du club de golf était fortement corrélée à la distance d’un drive (i.e., le premier coup d’un parcours où l’objectif est d’envoyer la balle le plus loin possible). Or les vitesses peuvent dépasser les 160 km/h, avec un temps de 0.2s seulement pour atteindre cette vitesse. Il semble donc intéressant de travailler sur les qualités de force et d’explosivité. La plupart des études ont étudié l’influence d’une préparation physique sur les performances au golf, mais elles étaient principalement réalisées avec des joueurs débutants ou séniors d’un niveau moyen. Mais en serait-il de même pour des joueurs de haut-niveau dont les aptitudes au golf sont déjà excellentes ?

L'étude réalisée

Pour répondre à cette question, une équipe de chercheurs espagnols ont voulu étudier l'impact d'un programme d'entraînement de la force sur l'anthropométrie, les qualités physiques et la performance spécifique en golf chez des golfeurs avec un faible handicap. Le programme a duré 18 semaines et était divisé en 3 parties. Les effets de ce programme ont été comparés à ceux d'un programme d'entraînement classique.

Pour ce protocole, 10 hommes, droitiers ont participé. Leur handicap était inférieur ou égal à 5 (i.e., un excellent niveau, 0 étant le meilleur handicap). Le protocole a été mis en place durant la saison compétitive (i.e., de mars à juillet). Les 10 joueurs ont été répartis dans 2 groupes :

  • Groupe Contrôle (n = 5) : Ce groupe suivait le même programme d'entraînement pendant 18 semaines.
  • Groupe Expérimental (n = 5) : Ce groupe a suivi 3 programmes d'entraînement durant les 18 semaines du protocole. Une première phase de force maximale de 6 semaines, une seconde phase de force explosive de 6 semaines et une dernière phase de 6 semaines avec un renforcement musculaire spécifique au golf.

Chaque groupe a suivi un programme d'entraînement spécifique décrit dans la Table 1 et la Table 2 (Cliquez pour visualiser les programmes). Durant ce protocole, tous les golfeurs ont réalisé des tests à 5 occasions :

  • T1 : 1 semaine avant le début du protocole.
  • T2 : 6 semaines après le début du protocole, soit juste après la phase de force maximale pour le groupe Expérimental.
  • T3 : 12 semaines après le début du protocole, soit juste après la phase de force explosive pour le groupe Expérimental.
  • T4 : 18 semaines après le début du protocole, soit juste après la phase de renforcement spécifique pour le groupe Expérimental.
  • T5 : 5 semaines après la fin du protocole.

Les tests réalisés comprenaient des mesures anthropométriques (i.e.,masse corporelle, masse grasse, masse musculaire), des mesures de force explosive (i.e., SJ et CMJ), des mesures de la force de préhension, des mesures de la force maximale (i.e., sur tous les exercices de musculation utilisés lors des séances) et des mesures de la performance en golf (i.e., La vitesse de la balle et l'accélération moyenne du club).

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de cette étude montrent que le protocole de 18 semaines mis en place a permis d'augmenter significativement la force maximale des membres supérieurs et inférieurs, la force explosive ainsi que les performanes spécifiques au golf (i.e., la vitesse de balle et l'accélération moyenne du club) (Fig. 2 et 3). Cependant, aucune amélioration n'a été observée pour la force de préhension. Ces améliorations sont toutes significativement supérieures à celles du groupe Contrôle. Celui-ci n'a d'ailleurs ni progressé ni regressé lors de l'étude.

Evolution de l'accélération moyenne du club au cours des 18 semaines de protocole et 5 semaines après la fin de l'étude

Figure 3. Évolution de l'accélération moyenne du club...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Evolution de la vitesse de balle au cours des 18 semaines de protocole et 5 semaines après la fin de l'étude

Figure 2. Évolution de la vitesse de balle...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Les données obtenues grâce aux tests montrent que tous les paramètres de force ont été significativement améliorés dès la sixième semaine d'entraînement pour le groupe Expérimental. Toutefois, la vitesse de balle et l'accélération moyenne du club n'ont été significativement améliorées qu'à partir de la 12ème semaine. Ces résultats laissent donc penser que le golfeur peut bénéficier d'un programme d'entraînement de la force maximale et de la force explosive, mais que le transfert à l'activité du golf prend un certain laps de temps.

Le swing au golf est un geste très complexe qui nécessite une grande coordination musculaire. Les améliorations peuvent être dues à des modifications dans la cinématique et la cinétique du geste, permettant aux golfeurs de transférer plus d'énergie à la balle. Il aura simplement fallu quelques semaines pour que chaque joueur puisse adapter leur technique à leur nouveau potentiel physique.

Les résultats montrent également que malgré une période de désentraînement de 5 semaines après la fin de l'étude, aucune des variables mesurées n'a diminué significativement. Comme de nombreuses études le montrent, les gains obtenus grâce à un programme d'entraînement de la force maximale et explosive sont durables même après l'arrêt total.

Applications pratiques

Les résultats de cette étude sont plutôt encourageants pour les golfeurs et leurs entraîneurs et montrent qu'un entraînement de force couplé à un entraînement spécifique de golf permet des gains supérieurs à un programme d'entraînement classique chez des joueurs à faible handicap. Cela étant dit, les gains ne sont pas immédiatement transférés à la performance spécifique de golf (ici, le swing). Il est nécessaire d'attendre quelques semaines pour que le joueur puisse réajuster sa technique. Comme toujours, la préparation physique doit donc être pensée et préparée pour s'adapter aux exigences du sport mais également à son calendrier. Enfin, l'étude ne précise pas ce qu'il en est de la dispersion des coups, c'est-à-dire, si le coup est suffisamment précis. Car au golf, il faut non seulement envoyer la balle loin, mais à un endroit précis.

Le faible nombre de participants limite l'extrapolation de ces résultats à tous les niveaux de golfeurs. Toutefois, l'amélioration des performances spécifiques au golf chez des joueurs expérimentés et compétiteurs démontrent l'intérêt d'optimiser la préparation de ce sport qui est bien plus physique qu'il n'y parait. Coupler un entraînement de la force à un entraînement spécifique semble être une très bonne solution pour tenter d'améliorer le potentiel de chaque joueur. Toutefois, il nous semble impératif d'ajouter à cela un travail de la souplesse et de la mobilité pour un meilleur transfert des gains.

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Références

  1. Alvarez M, Sedano S, Cuadrado G and Redondo JC. Effects of an 18-week strength training program on low-handicap golfer's performance. J Strength Cond Res 26 (4) : 1110-1121, 2012.

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