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Influence de différentes stratégies de récupération chez des pilotes de BMX

par A. Manolova | 11 Novembre 2014

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Le BMX (ou Bicycle MotoCross) Supercross est une pratique du cyclisme apparentée aux sports extrêmes et récemment introduite aux Jeux Olympiques de Pékin, en 2008. Cette discipline se déroule sur une piste spécifique constituée de bosses et de virages où 8 pilotes s'affrontent simultanément. Les premiers pilotes de chaque manche passent à l'étape suivante jusqu'à la finale. Puisqu'il est nécessaire de dépasser ses adversaires dès le début de la course, et de maintenir ensuite sa position jusqu'à la ligne d'arrivée, le BMX nécessite des efforts bref et intenses et donc, une production élevée de puissance (voir notre article sur les facteurs de la performance lors du sprint de départ en BMX).

Championnat Européen 2005 de BMX à Sainte Maxime, France

Figure 1. Championnat Européen 2005 de BMX à Sainte Maxime, France. Source : Wikipedia.

Les puissances produites lors des sprints de départ de compétition pouvant dépasser 2000 W, les entraînements physiques des pilotes de BMX consistent principalement à réaliser des répétitions de sprints et à développer la force et la puissance des membres inférieurs en musculation. Les séances d'entraînement sont fréquentes et peuvent être multiples lors d'une même journée. Ces sollicitations entraînent donc une fatigue plus ou moins pronconcée. Or, pour s'améliorer, les athlètes ont besoin de récupérer le mieux possible entre chaque session d'entraînement afin d'optimiser les gains.

Il existe plusieurs méthodes de récupération, certaines très simples, comme la récupération active ou l'ingestion de glucides et d'autres plus élaborées, comme l'immersion en eau froide ou le port de vêtements de compression. Selon la littérature scientifique et les variables utilisées pour les étudier, toutes les méthodes de récupération ne se valent pas, alors qu'en sera-t-il pour des répétitions de sprints et quelle méthode sera plus efficace ?

L'étude réalisée

Pour répondre à cette question une équipe composée de chercheurs français, de l'entraîneur national de l'équipe de BMX et du préparateur physique de cette équipe a comparé les effets sur la performance de 4 méthodes de récupération sur les membres de l'équipe de France durant la préparation aux Olympiades de 2012. Pour cela, 11 pilotes (4 femmes et 7 hommes) ont participé à l'étude. Le protocole se déroulait sur 3 jours d'entraînement.

Avant la première séance du premier jour, tous les pilotes réalisaient un test "Force-Vitesse" consistant en 3 sprints maximaux de 7s sur un cyclo-ergomètre Wattbike (Résistance 5 pour les femmes et 6 pour les hommes). Ces tests initiaux serviraient de base. Le second jour, après la séance d'entraînement, les pilotes ont été assignés aléatoirement aux différentes méthodes de récupération :

  • Passive : Les pilotes restaient allongés pendant 15 minutes sans rien faire.
  • Active : Les pilotes pédalaient sur un cyclo-ergomètre à 70% de leur puissance maximale aérobie en 2 x 5 minutes, séparées par 5 minutes de récupération passive.
  • Immersion en eau froide : Les membres inférieurs des pilotes étaient immergés dans de l'eau froide (10°c) pour 2 x 5 minutes, séparées par 2 min 30s de récupération hors de l'eau, assis (22°c).
  • Ingestion de glucides : Les pilotes buvaient 500 mL d'une boisson de récupération (Gatorade Performance Series) contenant 30g de glucides, 450 mg de sodium et 145mg de potassium.

Enfin, lors du troisième jour, les pilotes ont de nouveau réalisé un test Force-Vitesse avant la séance d'entraînement, et ils en ont réalisé un juste après cette séance. De plus, le matin du troisième jour, les chercheurs ont évalué à l'aide d'une échelle de Likert (graduée de 1 à 6) le niveau de fatigue et le niveau de courbature. Le protocole a été répété de manière à ce que tous les pilotes testent les différentes méthodes de récupération.

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de cette étude montrent qu'avant la troisième séance, il n'existe aucune différence significative au niveau de la puissance maximale entre les différentes méthodes testées. Cependant, après le 3ème entraînement, il y a une différence significative entre les méthodes. qLes méthodes d'immersion en eau froide et d'ingestion de glucides mises en place après la 2ème session d'entraînement sont plus efficientes que les méthodes passive et active. Elles ont permis de limiter la perte de puissance maximale (Fig. 2). De plus, les méthodes de récupération active, d'immersion en eau froide et d'ingestion de glucides ont permis de diminuer significativement les courbatures ressenties (Fig. 3). Mais aucune différence significative n'a été observée entre ces 3 méthodes.

Niveaux de courbatures ressenties par les pilotes en fonction des différentes méthodes de récupération

Figure 3. Niveaux de courbatures ressenties par les pilotes en fonction...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Perte de puissance maximale lors des tests Force-Vitesse par rapport aux tests initiaux.

Figure 2. Perte de puissance maximale lors des tests Force-Vitesse...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Ces résultats montrent que l'ingestion de glucides est tout aussi efficace que l'immersion en eau froide des membres inférieurs chez des pilotes de BMX de niveau international. L'ingestion de glucides immédiatement après l'entraînement aurait un impact positif sur la synthèse du glycogène musculaire. Quant à l'immersion en eau froide, elle a, selon les études, de nombreux effets positifs : analgésique, vasconstricteur localisé, réduction des oedèmes, perméabilité vasculaire, diminution du métabolisme musculaire et diminution de la réponse inflammatoire suite à des dommages musculaires. C'est probablement cet ensemble de facteurs qui permet d'améliorer la récupération.

Applications pratiques

En BMX, une course ne dure pas plus de 45 secondes. Cependant, les pilotes doivent enchaîner plusieurs courses sur quelques jours pour accéder aux finales. Et dans ce contexte, la récupération est primordiale. Cette étude est intéressante car elle montre tout d'abord que la récupération active ne semble pas statistiquement plus efficiente que la récupération passive. Cela reste néanmoins à démontrer car cette absence de différence pourrait être simplement liée à la taille de l'échantillon assez réduite (n = 11, mais de très haut niveau). La figure 2 montre d'ailleurs une tendance en faveur de la méthode active. Ensuite, elle met en lumière le rôle de la nutrition dans l'optimisation de la récupération (ici, une simple ingestion de glucides en post-entraînement) et le fait que l'immersion en eau froide est une technique viable et efficiente. Reste à pouvoir l'appliquer sur le terrain, ce qui peut parfois s'avérer difficile.

Il serait également intéressant pour ces pilotes de BMX de tester le port de vêtements de compression. Comme nous vous l'avions déjà expliqué dans un précédent article ( Effets des vêtements de compression sur la récupération après une séance de musculation), le port de vêtements compressifs peut améliorer significativement la récupération. Et à l'inversion de l'immersion en eau froide, c'est pratique et peu onéreux.

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Références

  1. Marquet L-A, Hausswirth C, Hays A, Vettoretti F and Brisswalter J. Comparison of between-training recovery strategies for World-Class BMX pilots. Int J Sports Physiol Perf In Press, 2014.

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