Logo Sciences du sport

Informations sur les Sciences de l'Entraînement Sportif

Le niveau de force influence le tempo de la potentialisation

par P. Debraux | 28 Janvier 2014

potentialisation par postactivation, potentiation, PAP, sport, performance, niveau, force, athlète, saut, squat, puissance, hauteur

De nouveau, nous souhaitons vous parler de la potentialisation par post-activation (PAP, pour Postactivation Potentiation en anglais). Si vous n'avez pas encore lu nos différents articles sur le sujet, sachez que la PAP a des applications dans le judo, la natation ou pour améliorer la hauteur de saut. La PAP est un phénomène physiologique qui induit une amélioration de la performance suite à une stimulation musculaire volontaire. Il est généralement admis que cela stimule le système nerveux central de telle manière que celui-ci répondrait par une augmentation du potentiel contractile, et donc d'une augmentation de la force à court-terme, lors d'un exercice réalisé juste après ce stimulus. Les mécanismes supposés responsables de cette potentialisation seraient l'augmentation de la phosphorylation des chaînes légères de myosine, l'augmentation du recrutement de plus grosses unités motrices et le changement de l'angle de pennation.

Dans notre dernier article sur le sujet, nous vous expliquions que le power clean permet un meilleur stimulus PAP que le squat et qu'il est généralement admis que la réponse optimale à un stimulus PAP apparait environ 7 à 10 min ce stimulus. Néanmoins, ce tempo est encore approximatif et si le type de stimulus peut influencer cette durée (e.g., la pliométrie), aucune étude n'a démontré clairement comment l'influencer positivement. Les différentes études menées montrent qu'un temps trop cours (< 3 min) ou trop long (> 12 min) ne permettra pas d'obtenir une potentialisation. Mais qu'est-ce qui influence cela ? Et si le niveau de force des athlètes avait un effet sur la durée d'apparition d'une PAP ?

L'étude réalisée

Pöur tenter de répondre à cette question, une équipe de chercheurs (français, australien et espagnol) a comparé les réponses de potentialisation chez deux groupes d'athlètes de force différente. Pour cela, 18 jeunes rugbymen de haut-niveau ont participé à l'étude. Le protocole consistait à diviser ces joueurs en deux groupes en fonction de leur 1RM au Squat parallèle : les sportifs qui soulevaient moins de 2 fois leur masse corporelle étaient placés dans le groupe "Faible", et ceux qui soulevaient plus de 2 fois leur masse corporelle étaient placés dans le groupe "Fort". À noter, que tous les rugbymen qui participaient à l'étude réalisaient un squat d'au moins 1.5 fois leur masse corporelle.

Ensuite, les tests étaient très simples. Chaque rugbyman devait réaliser 3 sauts verticaux de type Squat Jump avec 1 minute de récupération entre chaque saut. Puis, 10 minutes après, ils devaient réaliser une série de 3 répétitions d'un squat parallèle à 90% du 1RM. Les consignes étaient qu'une fois la série de squat terminée, les rugbymen devaient réaliser 1 Squat Jump après 15 secondes, 3, 6, 9 et 12 minutes. Les mesures de puissance et de hauteur de saut étaient ensuite comparées à celles obtenues lors du meilleur des 3 sauts effectués au début.

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de l'étude montrent que le groupe "Fort" obtient une potentialisation de la puissance musculaire (Fig. 1) et de la hauteur de saut(Fig. 2) après seulement 3 minutes et jusqu'à 12 minutes, tandis que le groupe "Faible" obtient une potentialisation à partir de 6 minutes et jusqu'à 12 minutes. De plus, le groupe "Fort" démontre une PAP significativement supérieure à celle du groupe "Faible" à chaque essai.

Evolution de la hauteur de saut par rapport à la condition initiale en fonction du temps de repos

Figure 2. Evolution de la hauteur de saut...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Evolution de la puissance maximale par rapport à la condition initiale en fonction du temps de repos

Figure 1. Evolution de la puissance maximale...(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

La potentialisation par post-activation apparait car la fatigue engendrée par le stimulus (ici, la série de squat) se dissipe et la capacité à exprimer une PAP augmente. La différence de tempo entre les deux groupes peut s'expliquer par le fait que les athlètes plus fort développent une résistance à la fatigue à des charges plus lourdes. Ils récupèrent donc plus vite et sont capables d'obtenir une PAP plus rapidement. Une autre explication avancée par les auteurs de l'étude serait que les athlètes plus forts possèderaient plus de fibres musculaires de type II, qui démontrent une plus grande excitabilité neurale dans les exercices à haute intensité. Ce qui expliquerait leur meilleure réponse à ce type de stimulus.

Applications pratiques

Comme le montre la plupart des études sur la potentialisation par post-activation, il est possible d'influencer positivement la performance par un stimulus d'intensité élevée comme une série de 3 répétitions à 90% du 1RM en squat. Mais les résultats de cette étude tendent à démontrer l'importance et l'influence du niveau de force dans la réponse de potentialisation par post-activation, au niveau du temps mais également de l'intensité.

Le préparateur physique doit donc considérer le niveau de force de ses athlètes lorsqu'il met en place un entraînement visant à maximiser les performances (e.g., pour saut vertical ou le sprint). Tous ne répondront pas de la même manière et les individus dont le potentiel de force est le plus grand répondront plus vite et plus fort. Les athlètes plus "forts" pourront répondre positivement au bout de 3 minutes, et jusq'à 9 minutes de manière optimale. Tandis que les athlètes plus "faibles" répondront à partir de 6 minutes et jusqu'à 9 minutes.

N'hésitez pas à poser toutes vos questions et à discuter de cet article sur notre forum.

Références

  1. Seitz L, Saez de Villarreal E and Haff GG. The temporal profile of postactivation potentiation is related to strength level. J Strength Cond Res, In Press.

Nous vous rappelons que vous pouvez citer les articles sous réserve de limiter votre citation à 200 mots maximum et d'inclure un lien nominatif vers celui-ci. Tout autre utilisation, en particulier la copie en totalité sur un forum de discussions, sur un site internet ou tout autre contenu, est strictement interdite.