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Aurélien Broussal-Derval, Préparateur physique

par Sci-Sport.com | 29 Janvier 2013

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Bonjour Aurélien, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

A. Broussal-Derval - Je m’appelle Aurélien Broussal-Derval, j’ai 30 ans, je suis préparateur physique professionnel depuis plus de 10 ans. Initialement, j’ai une formation universitaire avec deux Masters, un de préparation physique et de réathlétisation passé à Lyon et un autre d’ingénierie du sport passé à Montpellier. Et ensuite, j’ai passé le professorat de sport qui m’a permis de travailler avec des staffs olympiques nationaux. De manière officielle, j’ai travaillé avec l’équipe française féminine de boxe anglaise, le judo Britannique et plus récemment, l'équipe de judo Russe et l’équipe de France d’haltérophilie. J’ai travaillé également, de manière individuelle avec des taekwondoistes, des judokas, des combattants de M.M.A. et quelques footballeurs. Donc j’ai plutôt un profil sport individuel / sport de combat et c’est en toute logique que je me suis spécialisé sur le judo et les différentes formes de lutte. À la base je suis pratiquant de sports de combat, je suis judoka et je fais du jiu-jitsu brésilien, j’ai lutté un peu également.

Parallèlement à mon activité de préparateur physique, je publie aussi régulièrement que possible avec un objectif de vulgarisation éclairée. L’objectif est de proposer du concret mais à jour scientifiquement. Cela nous a amené avec mon collègue Olivier Bolliet a publié deux livres : "La préparation physique moderne" (Fig. 1) et "Les tests de terrain" (Fig. 2) qui vient de sortir. Et à titre personnel, j’ai écrit "La prépa physique judo" (Fig. 3) qui est axé sur la discipline dans laquelle je me suis le plus investi dans ma carrière.

Enfin, je gère le Cercle Tissier, qui est le club familial où j’ai été formé. J’en assure la gérance quotidienne. C’est un centre international d’arts martiaux, de fitness, de bien-être et de préparation physique.

La préparation physique moderne

Figure 1. Broussal-Derval A., Bolliet O. La prépa physique morderne. Éditions 4Trainer 2010.

Les tests de terrain

Figure 2. Broussal-Derval A. & Bolliet O. Les tests de terrain. Éditions 4Trainer 2012.

La prépa physique judo

Figure 3. Broussal-Derval A. La prépa physique Judo. Éditions 4Trainer 2012.

Quelles étaient tes motivations pour t'orienter vers la préparation physique de haut-niveau ?

A. Broussal-Derval - Quand j’étais à l’université, je n’avais pas vraiment ce projet là. J’étais parti pour être professeur d’ E.P.S. Mais très rapidement, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi, j’étais bien trop intéressé par les performances, bien trop axé sur la compétition. Et je voulais approfondir les méthodes d’entraînement, etc.

À l’époque, je n’avais pas encore identifié le métier de préparateur physique. J’étais plutôt sur les problématiques d’entraînement, surtout que la préparation physique commençait seulement à se développer. Il n’y avait que quelques sports professionnels qui commençaient à diviser le travail dans ce sens. Et un jour, lors d’un entraînement, en discutant avec un collègue, il m’a dit qu’il voulait être préparateur physique et que des formations étaient en place au niveau des Master dans certaines universités. J’ai tout de suite eu le déclic, je me suis orienté vers cela et j’ai commencé à lire sur le sujet dès ma 2ème année de Licence et ensuite j’étais à fond dedans. Une fois le diplôme obtenu, pour travailler dans l’olympisme, on m’a fortement conseillé de passer le professorat de sport, ce que j’ai fait.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ? A quel niveau ?

A. Broussal-Derval - Je commence à travailler avec l’équipe Russe de judo. Là, je pars pour un premier voyage de 3 semaines. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre, je ne sais même pas si je vais entraîner les hommes ou les femmes, ou les deux. Ce n’est pas encore décidé. L’entraîneur de l’équipe Russe, qui est italien, Ezio Gamba, s’est entouré d’une équipe car il a bien compris que pour la prochaine olympiade il avait besoin de plus de personnes, car il était jusqu’à présent en charge des hommes. Ainsi, il a 3 préparateurs physiques, 2 italiens et moi-même. Cela faisait un moment, que nous nous connaissions. Je pense qu’au moment où il aurait bien aimé me recruter, il était trop ami avec mon patron de l’époque pour lui débaucher son préparateur physique. Et quand mon boss s’est fait virer, 8 mois avant les jeux olympiques de Londres, ce n’était plus le moment de recruter en Russie. La finalité c’est que les Russes ont tout gagné à Londres (3 médailles d’or en judo chez les hommes). C’est la meilleure équipe du monde. Du coup, Ezio Gamba a le champ libre pour faire ce qu’il veut, et il m’a recruté moi et dans la foulée, mon ancien boss. Nous avons une chance inouïe, c’est de reproduire l’expérience qui finalement a fonctionné malgré qu’il se soit fait virer 8 mois avant les J.O. On va pouvoir poursuivre l’expérience avec une équipe 100 fois plus forte. Cela va être passionnant.

En plus ce système là, me permet de rester au contact avec mes affaires en France et de m’amuser. Cela va être un programme complètement différent de ce que j’ai connu en Angleterre. Car là-bas, je pilotais complètement le programme de préparation et même d’entraînement. Alors que là, il y a un plan qui complètement cadré, c’est extrêmement planifié. Le système de cet italien est que l’on s’insère dans une idéologie, on apporte son innovation technique, etc. mais dans un cadre très défini. Ainsi personne n’est indispensable, et cela permet de faire tourner les têtes.

Ce point est important, car en Angleterre, j’étais devenu omniprésent. Quand je n’étais pas là, cela posait de gros problèmes, à tous les points de vue et cela me retombait dessus. Car les gens se plaignaient de mon absence… Et d’un seul coup si tu n’es pas là 2 semaines, tu n’es jamais là. Le manque est tellement fort, que cela en devient extrême au niveau de la réaction. Et puis, d’autre part, les gens se lassent. Quelque soit le niveau d’intervention, de dynamisme, de motivation et de passion, les gens finissent par être lassé d’être toujours face à la même personne. Du coup, je suis assez séduit par l’idée de faire 3 semaines par alternance.

Tu vas également travailler avec l’équipe française d’haltérophilie ?

Lors d'une séance d'entraînement avec Marjorie Ulrich, vice-Championne de France en Judo dans la catégorie des -78kg

Figure 4. Lors d'une séance d'entraînement avec Marjorie Ulrich... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

A. Broussal-Derval - Oui, je suis le préparateur physique de l’équipe de France d’haltérophilie. Il y a une volonté du D.T.N. de promouvoir un plan d’entraînement plus cadré et une préparation des athlètes plus complète, et de ne plus se baser uniquement sur l’haltérophilie pour les préparer. Car les résultats aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 ont été mauvais.

Je ne suis pas spécialiste d’haltérophilie. J’ai toujours été plutôt orienté force athlétique / culturisme. J’ai découvert l’haltérophilie plus tard à l’université. Mais par le biais des deux premières disciplines, j’ai rencontré les gens de l’haltérophilie avec qui je me suis très bien entendu. Nous avosn commencé à travailler ensemble sur des contenus de formation, sur des brevets d’états, sur des jury d’examen, etc. Et juste avant que les anglais ne me recrutent, j’étais prêt à occuper un poste de C.T.N. dans la fédération d’haltérophilie en charge de la préparation physique. Mais finalement les britanniques ont été plus rapide avec peut-être un projet plus excitant à ce moment-là. Et lorsque j’ai décidé de quitter la Grande-Bretagne, ils m’ont recontacté en me proposant cette offre. C’est parti avec 3 ans de retard, mais nous réalisons maintenant le projet prévu au départ.

Il y a les entraîneurs de l’équipe de France qui essayent de vraiment faire avancer les choses et il y a des personnes qui restent très conservatrices par rapport à cela. Donc j’avance doucement. Les athlètes sont extrêmement réceptifs et très motivés. Et il y a des talents, donc ils vont progresser très vite. Mais il faut mettre les choses en place de manière très progressives. A 3 ans des jeux, cela me permet de jongler pour l’instant entre les deux disciplines. Ce n’est pas forcément l’approche la plus efficace, mais pour le moment c’est le meilleur compromis.

En plus de l’équipe Russe de Judo et de l’équipe française d’haltérophilie, je travaille toujours avec le club Peugeot-Citroën Mulhouse qui est un club de 1ère division féminine. Cela fait 10 ans que je suis là-bas. C’est eux qui m’ont donné l’opportunité de me former en me confiant très rapidement des athlètes de haut-niveau. J’y reste encore aujourd’hui pour aider ce groupe à qui je dois autant que certains athlètes avec qui j’ai travaillés. Cela a vraiment été un club formateur pour moi.

D’après toi, qu’est-ce que les étrangers retiennent des préparateurs physiques français ? Existe-t-il une spécificité française ?

A. Broussal-Derval - J’ai l’impression que les compétences françaises sont assez reconnues à l’étranger et qu’elles s’exportent assez facilement. Par contre, les sports sont très cloisonnés. Je m’aperçois qu’il y a des gens qui sont très investis dans le football, mais qui ne sont pas très connus ou pas très identifiés dans le milieu de la préparation physique. En général, parce qu’ils n’écrivent pas. Comme ils ne produisent rien sur internet, par exemple. On ne les connait pas forcément.

Je pense qu’il y a un vrai côté artistique chez les français. Nous possédons une image de créatifs, en dehors des clous, d’innovateurs. Et c’est cela qui ressort le plus, je pense. Les britanniques, et même tous les anglo-saxons, ont quand même une forme de condescendance très marquée, notamment dans le milieu de la préparation physique et de l’entraînement. Ils ont tendance à considérer que le reste du monde fait de bonnes choses, mais certainement pas aussi bien qu’eux. Et du coup, ils ont tendance à exporter très commercialement leurs programmes de formation et leurs standards et ils considèrent que c’est plus qu’un standard, c’est une vérité…

Vidéo 1. Résumé en vidéo de la préparation physique de l'équipe britannique de Judo pour les J.O. de Londres 2012 par Aurélien Broussal-Derval.

Dans le monde, il y a une structure qui tient le business, c’est le N.S.C.A, que nous connaissons par la qualité de leur production littéraire. En Angleterre, cela a été copié par le U.K.S.C.A.. Ils sont très bien organisés, avec des formations payantes, très chères. Et ce sont les sports de force, notamment l’haltérophilie, qui se sont emparés de ces formations. Alors, là où en France, je fais parti des gens qui disent qu’il faut faire de l’haltérophilie, car c’est fantastique. En Angleterre, j’étais le seul préparateur physique à dire que l’haltérophilie c’est très bien, mais il n’y a pas que ça…

Ce sont deux univers très différents. En France, nous avons un historique qui est influencé essentiellement par l’athlétisme, car c’est d’abord dans ce milieu que l’on s’est intéressé le plus aux filières énergétiques, etc. Les sports collectifs ont été très demandeurs ensuite. Puis la préparation physique a très vite évolué dans les autres disciplines individuelles. Les sports de force se sont greffés à cela, puis les kinésithérapeutes sont venus apportés leurs conseils et la créativité latine a fait le reste. De telle sorte qu’aujourd’hui, en France, si je demande à un adolescent de 14 ans qui n’a jamais fait de préparation physique, de se préparer pour une séance, il va prendre ses running et il va s’attendre à faire des exercices avec cônes et cerceaux. Maintenant, en Grande-Bretagne, le même adolescent viendra directement dans la salle de musculation sur la plateforme d’haltérophilie avec les chaussures spécifiques… Les perceptions de la préparation physique sont donc très différentes.

Les anglo-saxons, et les britanniques, perçoivent le monde selon N.S.C.A et U.K.S.C.A., et le résultat c’est que tout le monde fait la même chose, dans tous les sports. Il n’y a aucune prise en compte de la spécificité des sports, tout le monde fait de l’haltérophilie. Bien sûr, ils affirment adapter au cas par cas, mais c’est faux. Cela veut dire qu’il n’y a pas de mauvais préparateurs physiques, techniquement, la plupart sont même très bons. Mais il n’y a pas de bons préparateurs physiques, car il y en a beaucoup moins qui se démarquent par leur créativité, leur innovation, leur intuition, et la connaissance experte d’une discipline. Car parfois, ils ne viennent d’aucune discipline en particulier et attaquent la préparation physique sous l’angle de l’haltérophilie plutôt que celui de la discipline elle-même.

En France, il y a des personnes très fortes, mais il y a des gens qui sont très mauvais, voire dangereux. Par exemple, il y a encore des personnes qui ne veulent pas faire faire de squat parce qu’ils n’ont pas confiance. Notamment beaucoup de kinésithérapeutes qui sont contre car ils les prétendent dangereux. En fait, la réalité, c’est que ces personnes ne savent pas faire de squat. Ils se cachent derrière quelques études qui disent de ne pas faire du squat pour justifier leur propos. Et je ne parle pas du squat complet. Alors que les anglais disent totalement l’inverse tout en s’appuyant sur la littérature scientifique. Après est-ce judicieux de faire du squat complet avec 300 kg sur le dos, c’est une autre question.

Néanmoins, les anglais ne croient qu’en la recherche fondamentale, donc s’il y a quelque chose qui n’est pas validé scientifiquement, publié à maintes reprises et publié dans le N.S.C.A, alors ils n’y croient pas et n’ont pas envie d’essayer. Les anglais dénigrent énormément l’empirisme et le terrain. Cela contribue à les freiner et à faire en sorte que tout le monde fasse la même chose. Ils ne se décident à faire du Swiss ball que quand N.S.C.A valide son utilisation… Mais il est aussi vrai qu’ils se mettent à jour bien plus que nous.

Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Olivier Bolliet et comment vous en êtes venus à créer votre maison d’édition ?

Voir l'interview d'Olivier Bolliet

A. Broussal-Derval - En fait, Olivier était mon professeur à la fac en Master 2 à Lyon. C’était un jeune enseignant, très pratique, très engagé avec les qualités d’éveil scientifique qu’on lui connait, puisqu’il est docteur. Donc il était vraiment très à jour, très au point dans les avancées scientifiques récentes. Et comme il est préparateur physique professionnel, il avait une approche très terrain, donc c’était passionnant. Nous sommes restés en contact suite à cela. Il m’a proposé ensuite de collaborer avec lui sur des écrits ou de l’entraînement, mais nous n’avons pas eu l’occasion tout de suite.

Un jour, on m’a commandé un livre sur la préparation physique et ce que je voulais, c’était de faire intervenir plusieurs personnes, car la préparation physique est pour moi une discipline entière mais qui nécessite la connaissance de nombreux champs disciplinaires différents. Et il n’est pas possible d’être spécialiste en tout. Nous avons appelé le livre "Préparation physique moderne" par extension au livre de référence qui est celui de Michel Pradet (La préparation physique, INSEP, 1998). Nous avons voulu faire un add-on de ce livre et nous avons invité sur chaque thème un spécialiste. Sur l’endurance de force, j’ai invité un culturiste, sur l’explosivité, j’ai demandé leur avis aux haltérophiles, etc. Olivier s’est beaucoup investi et quand notre éditeur nous a lâché pour cause de crise économique et qu’un autre éditeur bien connu voulait nous faire faire du fitness bon marché ou de la théorie bas de gamme, il fallait faire un choix. Olivier m’a convaincu de s’auto-éditer. Par la suite, je l’ai convaincu à mon tour de monter une maison d’éditions pour que nous ayons la tribune adéquate à ce que nous avons envie de dire ou aux messages que nous voulons faire passer, et ainsi publier une certaine vision de la préparation physique et des sciences du sport.

Nous avons créé avec nos associés, 4Trainer Editions. L’objectif est de faire de la préparation physique pour les préparateurs physique par des préparateurs physiques.

Peux-tu nous dévoiler quelques-uns de vos futurs projets en tant qu'auteurs / éditeurs ?

A. Broussal-Derval - Olivier travaille sur un livre centré sur les méthodes de planification anglo-saxonne de la force. Lui et moi nous préparons un livre en petit format, sur l’approche pratique et informelle de la force. Et le livre "La prépa physique judo" va être décliné pour d’autres disciplines. Il y a également un livre sur la préparation mentale qui va sortir qui s’intitule "7 trucs qu’on ignore sur la préparation mentale" qui a pour but de dépoussiérer l’approche du coaching psychologique, c’est de Jean Fournier et l’australien Farrow, le livre sortira en français et en anglais. Et il y a encore pas mal de projets éditoriaux dans les tuyaux… Enfin, nous allons sûrement publier un certain nombre de livres pédagogiques pour le compte de certaines fédérations sportives.

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

A. Broussal-Derval - Ce qui me passionne, c’est la performance, c’est de pousser les gens au-delà de limites qu’ils n’auraient pas forcément franchies, en tout cas pas de cette manière là. Ce que j’adore c’est quand je rentre dans une salle de musculation, je prends contact avec un athlète et on instaure la confiance. Et lorsqu’il me dit qu’il n’a jamais fait ça et que nous le réalisons, que nous le répétons et que nous allons encore plus loin, c’est cela que je trouve absolument passionnant.

Ce que j’adore aussi, c’est la relation que je crée avec les gens, quand elle est positive, car ce n’est pas toujours le cas. Quand on se crée, parmi les athlètes, de vrais amis sincères, on passe par tellement de difficultés, de challenges, de souffrances, d’angoisses, qu’à la fin il y a quelque chose d’unique dans ces relations. Fernand Urtebise, grand entraîneur d’athlétisme français, disait souvent qu’il ne voulait jamais être ami avec un athlète tant que cet athlète avait besoin de lui. Et à partir du moment, où l’athlète n’avait plus besoin lui, alors ils pouvaient devenir amis.

Gemma Gibbons, une des athlètes préparés par Aurélien Broussal-Derval, médaillée d'argent en Judo dans la catégorie des -78kg aux Jeux Olympiques de Londres 2012

Figure 5. Gemma Gibbons, une des athlètes préparés par Aurélien Broussal-Derval... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Ma philosophie de l’entraînement et de la préparation physique est facilitée par le fait qu’il n’y ait pas de sélection des athlètes. Mais elle est inverse. Je pense qu’il faut être ami avec ses athlètes. Parce qu’à un ami, on lui fait confiance, on peut tout lui demander. Un de mes secrets d’entraînement, c’est que j’essaie d’être toujours ami avec mes athlètes. Alors parfois c’est impossible. Mais quand je regarde Ben Quilter (Judoka, médaille de bronze en -60 kg aux Jeux Paralympiques de Londres 2012) et Gemma Gibbons (Judoka médaille d’argent en -78kg aux Jeux Olympiques de Londres 2012) (Fig. 5), ce sont des athlètes qui ont été bien delà des limites qu’ils s’étaient fixées au départ. Et je pense qu’ils l’ont fait pour eux car ce sont de grands champions, et qu’ils veulent gagner, mais aussi un peu pour moi car certains jours ils n’avaient pas forcément envie de s’entraîner et ils vont quand même venir pour me faire plaisir. Et cela est rendu possible, car nous sommes de vrais amis.

Ce qui me gêne le plus, c’est la politisation du système, les attaques permanentes. Le haut-niveau est assez mal fréquenté. Souvent les athlètes de très haut-niveau ne sont pas forcément des gens biens. Du coup, les relations peuvent être très difficiles avec les coachs, avec les athlètes, avec les personnes qui veulent ta place et avec les politiques qui sont déconnectés de la performance mais qui jouent sur d’autres registres.

Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaiteraient s'orienter vers la préparation physique ?

A. Broussal-Derval - Et bien de s'entraîner dur en haltérophilie, en force, en culturisme, en gymnastique et en athlétisme, puis d'aller travailler avec un kinésithérapeute spécialisé dans le sport. Je leur conseille également d'acheter mes livres. Plus sérieusement, il y a plus dans la littérature et en salle de musculation que dans toutes les formations réunies.

Figure 6. Aurélien Broussal-Derval, lors d'une séance d'entraînement... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

A. Broussal-Derval - Je pense que cela devrait être intégré à tous les niveaux. D’abord, la première intégration, c’est que le préparateur physique devrai être complètement éclairé au point de lire, comprendre, se mettre à jour, s’approprier et interpréter toutes les connaissances scientifiques qui arrivent régulièrement. C’est pour moi une des qualités de base du préparateur physique, s’il ne l’a pas, il ne pourra pas être préparateur physique de haut-niveau. Je suis conscient que ma conception peut paraître assez extrême.

D’autre part, le préparateur physique n’est pas un chercheur, ce n’est pas un scientifique, et il n’a évidemment pas le niveau de lecture et de compréhension de quelqu’un qui serait spécialiste de la physiologie ou de la biomécanique, par exemple. Donc à un moment donné, il a besoin de s’entourer des bonnes personnes, d’entretenir une relation très proche avec eux pour qu’ils l’aiguillent sur des recherches pertinentes, l’alertent quand il n’a pas vu quelque chose et peut-être lui soumettent des axes d’études pratiques en fonction des perceptions qu’ils ont eu dans en laboratoire, dans la littérature et dans leurs recherches. Il y a vraiment un aller-retour qui doit se faire entre le préparateur physique et l’entraîneur et la recherche pour pouvoir coller au plus juste des avancées scientifiques et les réalités de performance. On a sans arrêt de nouveaux besoins, les sportifs et les techniques d’entraînement évoluent. Et nous avons besoin d’une mise à jour permanente.

C’est dommage car c’est souvent très scindé. Les chercheurs font peurs aux praticiens sur le terrain. Et même à l’ INSEP où tout est fait pour mélanger les deux mondes, il y a encore de nombreux pôles qui ne font pas du tout appel aux cellules scientifiques, qui sont pourtant devenues ces 10 dernières années, avec des personnes comme Christophe Hausswirth, des cellules hyper proches du terrain et très ouvertes sur les problématiques concrètes qu’ont les entraîneurs. Aujourd’hui, la peur et la méfiance héritées culturellement des deux univers font qu’il n’y a malheureusement pas assez de collaboration.

J’essaie de l’amorcer avec l’haltérophilie. La plupart des coachs sont plutôt motivés et réceptifs, mais j’avance très doucement parce que c’est sensible. Les entraîneurs ont cette paranoïa de l’intrusion dans leur quotidien du jugement, de la remise en question. Alors qu’en fait le but est d’enrichir et encore une fois de faire de la performance. Notre métier c’est de gagner. A partir de là, il n’y a pas de limites, les seules limites ce sont les règles sportives. Si demain on me dit que ma méthode est obsolète, qu’il y a mieux, et que l’on m’explique pourquoi, si mon objectif est d’être le meilleur entraîneur, alors je jetterai mon ancienne méthode et j’adopterai la nouvelle. Nous ne sommes pas là pour faire du sentimentalisme pour des méthodologies qu’on nous a apprises ou que nous avons nous-mêmes développé, mais pour réussir !

Merci Aurélien d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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