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Mikael Berthommier, Préparateur Physique

par Sci-Sport.com | 23 Janvier 2014

sport, santé, basket-ball, football, réathlétisation, réadaptation, renforcement, genou, blessure, ligament croisé antérieur, préparation physique, musculation

Bonjour Mikael, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

M. Berthommier - Je m’appelle Mikael Berthommier, j’ai 37 ans, je suis préparateur physique depuis déjà plusieurs années, mais jusqu’à il y a deux ans, mon activité n’était pas professionnelle. Car je suis enseignant, j’ai un C.A.P.E.T. de biotechnologie. Je suis donc un scientifique avant tout. J’enseigne la biologie, la biochimie, dans un lycée qui forme de futurs techniciens de laboratoire et de futures infirmières.

Mon autre formation, c’est la licence STAPS à l’UFR de Nantes puis un C.Q.P. Animateur de Loisir Sportif qui m’a permis très tôt d’avoir une carte Jeunesse et Sports pour pouvoir faire un certain nombre de choses et être rémunéré.

Sinon la grosse partie de ma formation est autonome. Etant enseignant, nous sommes amenés à travailler seul. L’avantage est de pouvoir faire ce que l’on veut quand on le veut. Et donc la meilleure formation que j’ai eu en plus de STAPS, c’est celle que j’ai suivi seul. Je suis un boulimique de lecture, surtout quand un sujet m’intéresse. J’ai donc beaucoup lu, j’ai regardé pas mal de vidéos. Et au final, au niveau des clubs et des sportifs, il semblerait que cela fonctionne plutôt bien. Et cette auto-formation est bien sûr toujours en cours.

Quelles étaient tes motivations pour t'orienter vers la préparation physique ?

M. Berthommier - Tout simplement pour me détacher petit à petit du monde de l’enseignement. Je ne me retrouve plus trop dans ce métier là. Pour tout un tas de raisons, mais qu’il serait trop long à détailler. Mon objectif est de réaliser mon quota d’heures d’enseignement et de faire ce qu’il me plait. Et le métier d’enseignement ne me plait plus. Et c’est pourquoi je me suis orienté vers la préparation physique. J’aimais le sport, je suis sportif, et l’aspect humain me plaisait énormément. J’ai été également entraîneur, mais finalement, avec le temps, je me suis rendu compte que j’avais plus de compétences et plus d’intérêts dans la préparation physique. Cela semble fonctionner aujourd’hui.

Mikael Berthommier et l'équipe de Nantes Rezé Basket durant la saison 2012/2013

Figure 1. Mikael Berthommier et l'équipe de Nantes Rezé Basket durant la saison 2012/2013.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ? A quel niveau ?

M. Berthommier - L’année dernière, je travaillais dans deux clubs. J’étais préparateur physique au club de rugby de ma commune qui joue en Fédérale 3. Je n’y ai pas appris grand-chose car mon travail était assez limité. Par contre, j’ai travaillé comme préparateur de l’équipe professionnelle du club Nantes Rezé Basket qui joue en D1 féminine et participe à la coupe d’Europe. J’ai vraiment touché au haut-niveau, et c’était très bien. Je m’occupais également du centre de formation où j’ai pu mettre en place pas mal de choses, sur la réathlétisation notamment.

Cette saison, je n’ai pas été renouvelé au club NRB pour des problèmes financiers, et j’ai arrêté avec le club de Rugby car cela ne m’intéressait plus. Je travaille désormais avec le Nantes Saint-Herblain Football Féminin, c’est le plus gros club féminin de la région qui joue en D2 avec comme objectif de monter en D1 dans les saisons à venir. L’année dernière, il n’y avait pas de préparation physique dédiée et aucun travail de prévention des blessures. C’est pour cela que cette année, le club a décidé d’engager un préparateur physique pour prendre ces paramètres en main.

Généralement, c’est du démarchage, la saison dernière ou cette saison, c’est moi qui appelle les clubs et qui cherche un poste de libre. Je suis assez tenace et tant que l’on ne m’a pas dit non, je ne renonce pas et j’insiste. Pour les particuliers, je ne fais pas de démarchage. Ce sont mes vidéos sur ma chaîne YouTube qui ont amenées les gens à me contacter directement.

Tu travailles avec beaucoup d’équipes féminines, est-ce plus simple ou plus compliqué de travailler avec des sportives au quotidien ?

M. Berthommier - Ce n’est pas plus compliqué que de travailler avec des hommes. Je dirais que c’est même mieux d’avoir un public féminin car elles se rendent plus compte que les hommes du travail qui a été fait, du bienfait de ce travail. Et pour des exercices qui ne sont pas simples pour elles, elles font cela souvent mieux que les hommes. Elles se font beaucoup plus de mal. Et l’implication et l’application me semblent plus grandes. Je trouve cela vraiment intéressant dans le travail de préparation physique.

Mikael Berthommier au cours d'un travail de réathlétisation

Figure 2. Mikael Berthommier au cours d'un travail de réathlétisation... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Avec le recul de ta pratique et les formations que tu as suivies et que tu suis, comment abordes-tu la préparation physique ?

M. Berthommier - Il faut dissocier deux domaines : le domaine de la préparation physique pure où l’objectif sera de développer des qualités athlétiques pures et il y a le domaine de la réathlétisation / réadaptation. Il n’y a pas une méthode valide dans les deux cas. Dans un premier temps, la préparation physique a pour but de limiter les blessures, de tendre vers le 0 blessé, et ça quel que soit le niveau. C’est primordial.

L’année dernière, notamment au Nantes Saint-Herblain, il y a eu un certain nombre de blessés dont je m’occupe encore cette saison. Ce qui manquait la saison dernière c’était le travail de prévention. Et donc, cette année, je m’occupe à remettre sur pieds les blessés de la dernière saison et cette saison, il n’y a quasiment pas de blessures, à part celles dues au contact sur le terrain. C’est donc très positif.

Pour moi, la première chose importante, c’est la prévention des blessures. Ma méthode de prédilection, avant de se jeter sur le terrain, c’est de d’abord discuter avec les pratiquants, de faire des tests de posture si on peut, et de voir quelles corrections sont possibles, et ensuite un travail de proprioception. Puis on passe sur les tests de terrain. J’aime beaucoup le test 30-15 de Martin Buchheit car il est très spécifique sports collectifs avec une VMA bien adaptée. Je l’utilise pour le basket, le rugby, le hand et même pour le foot.

Une fois que l’on a fait tous ces tests, alors on peut mettre en place la planification. Le but étant de tendre vers le zéro blessure, le travail musculaire est alors surtout orienté sur la ceinture abdominale et dorsale, les fessiers, les ischio-jambiers, les mollets et un peu au niveau des quadriceps. Mais surtout au niveau des ischio-jambiers et des fessiers. Après, bien entendu, on essaye de développer des filières énergétiques avec le minimum de ballon. Pour moi, si on veut vraiment développer des qualités, il vaut mieux ne pas intégrer le ballon.

Pour les sportifs qui me contactent pour de la réathlétisation personnelle, il y a d’abord un long entretien, puis des tests posturaux assez poussés, et des tests en rapport avec la discipline et la blessure. La planification est ensuite totalement personnalisée avec une prévision semaine par semaine, en fonction des douleurs et des avancées.

Sur la réathlétisation, c’est vraiment difficile car il n’existe pas beaucoup de livres qui en parlent, et il a fallu que j’élabore mes propres outils et méthodes pour tendre vers quelque chose de satisfaisant pour l’athlète et pour moi.

Quels tests posturaux utilises-tu ?

M. Berthommier - En fait, c’est une fiche que j’ai créé avec des tests de posture. C’est très subjectif, avec une évaluation à l’œil, mais d’après mon expérience, cela fonctionne assez bien. Pour les gens qui ont eu une rupture des ligaments croisés, je demande systématiquement de voir les résultats du test isocinétique s’ils en ont fait un. Si cela n’est pas fait, je demande s’il est possible de le faire. Car je veux absolument connaître le déficit de force au sein de la jambe saine et de la jambe lésée entre le quadriceps et les ischio-jambiers.

Ensuite, il y a la fréquence cardiaque au repos et à l’effort qui est fonction de la blessure et de l’activité sportive.

En ce qui concerne les tests de posture, il y a le test de Romberg et le test de Fukuda. Je fais un test pour l’alignement du bassin, j’observe également la cambrure du dos. Dans le cas d’un déséquilibre, j’envoie le sportif vers un ostéopathe ou un kiné.

Je fais faire des tests proprioceptifs, les yeux fermés, ouverts, sur un ou deux pieds, sur tapis ou non, statiques et dynamiques. Le but est d’observer des problèmes de motricité qui pourraient être corrigés.

Un aperçu du matériel utilisé par Mikael Berthommier

Figure 4. Un aperçu du matériel utilisé par Mikael Berthommier.

Fiche d'évaluation avant toute prise en charge d'un athlète

Figure 3. Fiche d'évaluation avant toute prise en charge d'un athlète.

Peux-tu nous donner un exemple dans le cas d’un athlète qui aurait subit une rupture des ligaments croisés ?

M. Berthommier - Il faut savoir déjà que si un athlète qui s’est fait opéré d’une rupture des ligaments croisés revient vers un préparateur physique, c’est qu’il est guéri. C’est quelque chose de très important, car la réathlétisation n’est pas quelque chose de médicale, ce n’est pas de la rééducation. Et si pendant la phase de réathlétisation, il y a quelque chose qui coince et que je ne suis pas capable de le corriger, il faut obligatoirement renvoyer cela vers le corps médical. Régulièrement, je téléphone aux médecins ou kiné pour savoir ce qui a été fait et ce qui est fait si la rééducation est toujours en cours, etc.

Avant de passer à la course, je mets l’accent sur le risque de rechute. Il faut absolument que ce risque frôle le zéro pour la jambe qui a subi l’opération et aussi pour la jambe qui n’a pas subi l’opération. Je suis toujours surpris de voir que les kinésithérapeutes font une fixation sur la jambe blessée. La jambe saine est mise à l’abandon pendant plusieurs mois. Je ne fonctionne pas comme ça, et je fais travailler le sportif sur les deux jambes.

Ensuite, on rentre dans activités plus spécifiques et on remet en route la machine cardio-vasculaire et musculaire. Tout en maintenant le travail de renforcement et de proprioception. Le volume, l’intensité et la difficulté sont croissants. Enfin, on pratique les activités spécifiques dans les conditions réelles. Voilà, globalement ma façon de procéder.

Est-ce qu’il y a des outils que tu utilises absolument dans la réathlétisation ou en préparation physique ou à l’inverse que tu n’utilises pas du tout ?

M. Berthommier - Dans la préparation physique, de plus en plus, j’utilise de moins en moins les machines guidées. Le gros avantage de la musculation non-guidée c’est que cela permet d’accentuer sur le gainage, sur le travail fonctionnel, et qui se retranscrit plus facilement sur le terrain. J’utilise de plus en plus des bandes élastiques, des instruments lestés, des haltères et des barres.

Pour la proprioception, c’est difficile d’avoir un bosu par personne, surtout lorsque je travaille avec une équipe de football, alors je m’adapte. Mais il est possible de faire la proprioception sur différents supports pour créer des déséquilibres. Sinon j’ai des coussins Waff, un bosu. C’est indispensable pour faire du qualitatif.

Qu’utilises-tu comme matériel d’évaluation pour tes tests ?

M. Berthommier - Celui que j’utilise principalement c’est le cardio-fréquencemètre avec fonction GPS, même si la fonction GPS n’est pas fiable surtout pour les petites distances. C’est surtout utile pour les suivis individuels, pour les groupes collectifs, cela devient vite très limite.

Pour les tests, c’est essentiellement des tests de terrain comme le 45-15 de Gacon, le 30-15 de Buchheit. Et puis les tests de force musculaire. Donc, je n’ai pas besoin de matériels spécifiques d’évaluation.

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

M. Berthommier - A la base, je voulais faire de la préparation physique, mais c’était d’un point de vue collectif. Gérer le groupe, tendre vers la performance. En fait, je me rends compte, que plus je fais ce travail et moins je prends plaisir à gérer un groupe, mais plus je prends plaisir à gérer l’individu. La réathlétisation a été une révélation pour moi. Ce qui me plait le plus, c’est de gérer une personne seule et sa blessure.

Ce qui me plait le moins, ce sont les moyens qu’on se donne pour mettre en œuvre et optimiser cette préparation physique. Globalement, c’est très insuffisant. Je suis une des victimes parmi tant d’autres. Le préparateur physique est toujours celui qui sera sacrifié lors de problèmes financiers d'un club car on considère qu’il est le moins important.

Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaiteraient s'orienter vers la préparation physique ?

M. Berthommier - Pour s’orienter vers la préparation physique, on peut suivre des formations, lire des livres, regarder ce qui se fait via internet mais il faut être un minimum carré dans sa tête, avoir une pratique sportive qualitative. Pour moi, la qualité essentielle est d’être sur le terrain, d’essayer, de tester les choses. Lorsqu’on observe les interviews des préparateurs physiques, je me rends compte que ceux qui ont le discours le plus cohérent sont ceux qui viennent et qui sont sur le terrain tout en se formant et en réfléchissant à l’évolution de l’activité.

Il faut se rendre compte que sur le terrain, face à un public amateur ou pro, il faut prendre en charge de manière concrète et il est impératif que le travail soit en cohérence avec leur activité et leur niveau.

Figure 5. Prise en charge de la préparation...

Figure 6. ...avec l'équipe féminine de Football...

Figure 7. ...du club Nantes Saint-Herblain Football.

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

M. Berthommier - Mon regard est forcément positif du fait de ma formation. Le souci de la recherche est qu’elle soit applicable sur le terrain. Et il faut que ces études aient un réel impact sur le terrain. Cela ne sert à rien si une étude prouve des gains infimes, sur le terrain, en sports collectifs ou individuels, cela ne changera pas grand-chose. Par contre, s’il y a des résultats visibles et qu’ils sont transférables sur le terrain, alors c’est très utile. Il est donc très important qu’il y ait des études, de plus en plus, et qu’elles permettent aux préparateurs physiques et aux entraîneurs d’améliorer leur travail ou la progression de leurs athlètes.

Merci Mikael d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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