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Informations sur les Sciences de l'Entraînement Sportif

Xavier Barbier, Préparateur Physique

par Sci-Sport.com | 3 Avril 2012

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Séance collective de préparation physique en Football Américain

Figure 1. Séance collective de préparation physique en Football Américain.

Bonjour Xavier, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

X. Barbier - Bonjour, je m’appelle Xavier Barbier, j’ai 33 ans et je suis préparateur physique. J’interviens en Ile-de-France, principalement en Essonne et dans le Val-de-Marne, mais je m’occupe à distance de plus en plus de sportifs à travers le France, voire à l’étranger, merci internet !

Quel a été ton parcours universitaire et professionnel ?

X. Barbier - J’ai une Licence en sciences du sport avec une spécialisation en "Entraînement et Performance Athlétique" et depuis peu de temps, un D.E.J.E.P.S. Perfectionnement Sportif Football Américain (j’avais déjà validé les formations fédérales depuis plusieurs années).

Après l’obtention de ma licence en sciences du sport, j’ai travaillé pendant plusieurs années pour la Fédération Française de Football Américain au Pôle Espoir d’Amiens avec pour responsabilité la coordination sportive et la préparation physique. J’intervenais également dans la préparation physique du club local, les Spartiates. Je suis ensuite intervenu dans la préparation physique d’un Pôle Espoir Basketball pendant 1 an avant de me relocaliser en Ile-de-France.

A cette occasion, en 2009, j’ai créé ma propre structure : Performance Athlétique. Performance Athlétique réunit des préparateurs physiques spécialisés pour proposer de nombreux services de préparation physique et de réathlétisation aux sportifs, clubs et ligues.

Parallèlement à tout cela, j'entraîne depuis 1998 dans le football américain et le flag. Cela m’a amené à intervenir auprès de nombreux publics différents et à différents niveaux : scolaire, équipe, adolescent, adulte, masculin, féminin, sélection de ligue, Elite, division 2 et 3, régional...

Très enrichissant ! Une école pratique de la pédagogie et du lien humain.

Travail de renforcement musculaire

Figure 2. Travail de renforcement musculaire.

Quelles ont été tes motivations pour t'orienter dans le domaine du sport et dans ce que tu fais actuellement ?

X. Barbier - J’ai d’abord commencé par entraîner. Comme je suis d’une nature curieuse, je me suis penché du côté de la composante athlétique de la performance. Je me suis alors orienté vers l’université pour suivre des études dans ce domaine tout en continuant à suivre mes formations fédérales et à entraîner.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ? A quel niveau (régional, national) ?

X. Barbier - Les sportifs qui font appel à mes compétences sont principalement dans les sports américains (football américain, basketball...) et dans le VTT Trial de par les résultats de Gilles Coustellier (Champion du Monde, d’Europe et de France, Vainqueur de la Coupe du Monde) que je prépare depuis 3 ans.

Idem pour les clubs ou ligues. Je travaille avec l'équipe de football américain des Corsaires d’Evry et j’interviens auprès de la Ligue Francilienne de Football Américain lors des Camps de perfectionnement, stages de détection et dans le cadre du Centre d'entraînement Régional IDF d’Eaubonne. Je parle souvent des sports américains sur mon blog, et ce sont donc les pratiquants de ces sports qui me contactent le plus.

En football américain, les postes sont très spécialisés, et les phases offensives et défensives font appel à des escouades différentes. Dans ces conditions, quelle est ton approche de la préparation physique, comment gères-tu cette diversité ?

X. Barbier - Il y a en effet beaucoup de postes de jeux. Il y a donc des profils athlétiques différents. Mais avant de développer ces aspects, il y a des incontournables de la préparation physique au football américain, et ceci, à tous les postes. Le premier selon moi est la réduction des risques de blessures. Nous savons que certaines stratégies permettent de réduire le nombre de blessures, leur gravité et le temps d’indisponibilité. Cet objectif est donc totalement et quotidiennement intégré dans l’ensemble de la préparation physique. Les genoux et les épaules sont plus fréquemment touchés selon les études disponibles.

Le deuxième aspect commun à toutes les positions est la capacité d’accélération (et de décélération). Il y a de nombreuses expressions dans le football américain liées à la vitesse : “speed kills” ou “can’t run, can’t play”. Je prends donc le temps de donner aux joueurs les compétences associées à la vitesse linéaire, latérale et au changement de direction qui permettent aux joueurs d'exprimer leurs qualités musculaires.

Travail de gainage

Figure 3. Travail de gainage.

Le troisième aspect commun à toutes les positions est le développement des qualités énergétiques. Nous disposons de très peu d’études sur le sujet comparativement à d’autres sports où l’utilisation des accéléromètres et GPS ont permis d’avoir des informations très précises sur les vitesses, les distances, le nombre d’efforts, la durée de l’effort et la durée de récupération entre les efforts selon les différents postes. L'effort moyen est de 5sec et la récupération entre chaque action de 22-24 à 35-40 sec selon les systèmes de jeu. Donc ce qui est certain, c’est qu’il y a besoin d’une certaine base de pouvoir oxydatif (PMA) pour permettre la répétition des efforts brefs et intenses dans cette situation de récupération incomplète.

Si cette qualité est commune à toutes les positions, j'individualise au mieux le travail (parfois compliqué avec des groupes de 50 à 70 joueurs). Je travaille donc avec des groupes de PMA différentes et des distances à parcourir différentes selon les postes de jeu et le niveau. Je dirais que l’aspect que j’individualise le plus est celui des qualités musculaires. Il est impossible de proposer un programme identique à 2 joueurs au même poste mais qui présentent sans aucun doute des déséquilibres posturaux différents, un passif de blessures différent ou un profil musculaire différent. Les besoins sont différents.

Comme il y a différents postes et profils athlétiques associés, il faut bien identifier ce qui fera progresser le joueur sur le terrain : Est-ce une masse musculaire plus importante ? Est-ce un niveau de force plus important ? Ou bien est-ce une amélioration des qualités de force-vitesse ? Je donne ainsi des tendances à la planification du développement des qualités musculaires, même s’il y a une trame globale selon le calendrier des compétitions.

A partir d’une évaluation fonctionnelle du mouvement et d’un échange avec le joueur, je détermine les programmes moteurs déficients et prends en compte les pathologies subies ou développées par celui-ci. Ceci dans le double objectif de ne pas mettre les joueurs en danger par le choix de certains exercices. Mais également de corriger l’origine de ces dysfonctions et déséquilibres pour réduire les risques de blessures et optimiser leur performance. Enfin, j’ai depuis quelques années fait le choix d’une périodisation non-linéaire et d’utiliser les différents type d’efforts musculaires toute l’année.

Avec le temps et ton expérience, quel(s) est(sont) le(s) paramètre(s) physique(s) sur lequel(lesquels) tu mets le plus l'accent aujourd'hui, pour l'équipe au complet et/ou pour certains postes ?

X. Barbier - La réduction des blessures et l’enseignement de la vitesse. La réduction des blessures est totalement intégrée dans la trame de ce que je propose aux joueurs. Ce n’est pas juste faire 5 min de plateau de freeman ou de coiffe des rotateurs avec les élastiques. C’est global et intégré : préparation au mouvement, choix des exercices et de la progression, travail fonctionnel, pliométrie, évaluation, individualisation. Enfin, la vitesse a longtemps été très orientée par le sprint athlétique.

J’ai toujours trouvé cette approche de la vitesse incomplète et orpheline de 2 compétences qui sont majeures pour moi dans la vitesse au football américain : la décélération et la latéralité. Il y a heureusement eu beaucoup d’évolution dans les méthodes d’enseignement des compétences liées à la vitesse en sport : posture, action des bras, action des jambes, position du centre de gravité, base au sol, dissociation du rôle des jambes. Même les sportifs n’ont pas encore l’habitude que l’on corrige leurs déplacements ainsi. Nous avons trop longtemps, moi le premier, fait l’amalgame entre Qualité et Intensité dans l’approche Qualité vers Quantité de Qualité. Je préfère à présent l’approche "bouger bien", "bouger bien et vite", et enfin, "bouger bien, vite et longtemps".

Développé couché

Figure 4. Développé couché.

A l'image des entraînements américains (nous pensons notamment au fameux NFL-225 test) et des publications scientifiques parues sur le sujet, que penses-tu de la place du développé couché dans les batteries de tests effectués par les joueurs ?

X. Barbier - Aïe ! Question piège ! Vous faites référence au test du NFL Scouting Combine du maximum de répétitions à 225lbs (env. 100kg). Nous savons que plus le nombre de répétitions augmente, moins cela est prédictif de la force maximale (Mayhew et al., 1999). Encore moins de la qualité musculaire qui nous intéresse vraiment pour le football américain : la puissance maximale. Ce test est plus un symbole qu’une réelle utilité pour l'évaluation ou la planification.

Le football américain fonctionne encore de manière empirique. Les entraîneurs ont toujours entendu parlé de ce test à 100 kg. C’est donc une référence chez les entraîneurs pour juger de la préparation de leurs joueurs. C’est un "langage" qu’ils comprennent. De ce fait, les joueurs se préparent pour les évaluations que demandent les entraîneurs, et les préparateurs physiques jonglent entre cette demande de chiffres quantifiables des entraîneurs dans leur "langue" ( i.e.,1RM, nombres de répétitions) et la réalité des qualités physiques demandées par ce sport.

L’idéal serait d’évaluer le profil musculaire des joueurs avec des outils modernes tels que des accéléromètres. Il y a encore un peu de temps à attendre et les préparateurs physiques pourront parler avec les entraîneurs des résultats de puissance maximale ou d’accélération mesurées via des outils modernes. Mais c’est sûr qu’une courbe sur un écran d’ordinateur est moins impressionnante qu’un test à 100kg ! Tout cela va même au-delà du test en développé couché puisqu’une étude de 2010 encourageait la NFL à revisiter sa batterie de tests pour correspondre à la demande du sport (Robbins, 2010).

Pire, une étude de 2008 portant sur l’analyse de 6 années de NFL Scouting Combine pour 3 positions (i.e., quart-arrière, porteur de balle et receveur de passe), n’a trouvé qu’une seule corrélation entre les performances aux tests et la performance de terrain. Cette seule corrélation consistant au sprint de 40 yards... uniquement pour les porteurs de balle (Kuzmits et Adams, 2008).

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

X. Barbier - Donner aux sportifs les moyens d’exprimer leur compétence / leur talent sur le terrain et les voir gagner est ce qui me donne le plus de satisfaction. En revanche ce que j’apprécie le moins est que l’on réduise la préparation physique à du quantitatif. Le stéréotype du coach avec son sifflet qui hurle et qui n’est là que pour torturer les joueurs. Je reconnais que le développement de certaines qualités physiques demande des méthodes parfois peu agréables pour les sportifs. Mais Il y a tellement de choses à faire du coté de la qualité : posture, mouvement, vitesse...

Figure 5. Sensibilisation des sportifs aux recrutements musculaires.

Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaiteraient s'orienter vers la préparation physique ?

X. Barbier - Je leur conseillerais de bien travailler leur anglais ! A partir d’un certain point, le choix de documents, ouvrages ou vidéos en français devient vite limité. L’anglais est indispensable pour poursuivre sa formation continue et rester informé des études et recherches récentes en sciences du sport.

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

X. Barbier - Les connaissances en sciences du sport et les compétences liées à la préparation physique sont continuellement en évolution. Christine Hannon (Chercheur INSEP) disait lors d’un "entretien de l’INSEP" que les sciences du sport sont là pour valider ou moduler les pratiques de terrain.

Même s’il faut faire le lien entre les résultats des recherches et les applications pratiques, les sciences du sport ont tout de même permis de faire tomber quelques mythes de l'entraînement. Il en reste certains cependant. Le pire que l’on peut entendre d’un préparateur physique, ou d’un entraîneur, est : "Cela fait 20 ans que je prépare mes sportifs avec les mêmes séances"... Il y a eu quand même beaucoup d’évolution dans les méthodes ou les équipements depuis 20 ans !

Merci Xavier !

Contact

Xavier Barbier - www.xavierbarbier.com
Fondateur de Performance Athlétique
Le contacter : xavierbarbier.com/contact
Abdel Rahmani

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