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Réduire l'impact en course à pied : Chaussures de sport ou pieds nus ?

par A. Manolova | 1 Mai 2012

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La course à pied est peut-être un des loisirs sportifs les plus répandus, de l'amateur du dimanche aux compétiteurs, cette activité sportive regroupe une grande partie de la population sportive. C'est en effet un sport très abordable d'un point de vue équipements et pratiquable n'importe où. Cependant, c'est aussi l'un des sports où il est courant d'observer des blessures plus ou moins importantes.

Composition de la semelle d'une chaussure de sport

Figure 1. Composition de la semelle... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Des études ont montré que bien que le nombre de recherches sur les blessures liées à la course ait augmenté entre les années 70 et aujourd'hui, le pourcentage de personnes blessées est resté le même. Certains chercheurs ont émis l'idée que les blessures de plus en plus courantes pourraient être dues aux chaussures de sport, et en particulier à leur amorti (fourni par la semelle intermédiaire, Fig. 1). En effet, un amorti trop important masquerait l'importance de l'impact et favoriserait ainsi une mauvaise pose du pied. Cependant d'autres chercheurs ont montré que l'armoti d'une chaussure de sport permettait de réduire les risques de fracture de fatigue.

Pour bien comprendre pourquoi l'amorti pourrait être néfaste, il faut intégrer l'idée que le corps réagit et s'adapte en fonction des stimuli mécaniques externes. Si un amorti de chaussure est trop important, votre corps ne sentira pas l'impact, aucune adaptation musculaire ne se fera. Ainsi, il pourrait en résulter des mauvaises postures et un mauvais tonus musculaire qui conduiraient aux blessures.

Depuis quelques années, une tendance minimaliste est apparue : la course à pied, pieds nus, ou avec des chaussures de sport réduites au minimum (i.e., sans semelle intermédiaire). Il a été démontré que courir pieds nus ou avec des chaussures ne présentant pas d'amortis permettait de réduire les impacts au sol. Ce phénomène s'expliquerait par une altération de la cinématique de course, c'est-à-dire que les coureurs poseraient le pied au sol de manière différente.

L'étude réalisée

En 2011, une équipe de chercheurs américains de l'université du Massachusetts ont comparé les caractéristiques d'impact lors de la course à pied en utilisant différentes semelles de chaussures de sport et la course pieds nus. L'objectif de leur étude était d'analyser les différences entre plusieurs épaisseurs d'amorti et pieds nus, à la fois au niveau de la force d'impact au sol mais aussi au niveau de la pose du pied.

Pour cela, 5 femmes et 5 hommes ont participé à l'étude. Tous les participants étaient des coureurs plus ou moins expérimentés avec un minimum de 15 kilomètres par semaine. De plus, ils utilisaient tous une foulée où le contact initial avec le sol se faisait avec le talon. Le protocole d'étude consistait à courir sur 25m en ligne droite selon une vitesse préférée (~ 13 km·h-1) et une vitesse imposée (~ 14.5 km·h-1). À 14m du départ, une plateforme de force était placée dans le sol pour enregistrer les données liées à la pose du pied droit, et un système d'analyse tridimensionnel permettait d'enregistrer les mouvements et les positions du membre inférieur droit.

Pour cette étude, 3 paires de chaussures de sport ont été fabriquées. La seule différence entre ces 3 paires résidait dans l'épaisseur de l'amorti au niveau du talon et de l'avant du pied (i.e., semelle intermédiaire) :

  • Chaussure A (4/0 mm) : Amorti au talon de 4mm et aucun amorti à l'avant du pied.
  • Chaussure B (12/8 mm) : Amorti au talon de 12 mm et amorti à l'avant du pied de 8 mm.
  • Chaussure C (20/16 mm) : Amorti au talon de 20 mm et amorti à l'avant du pied de 16 mm.
Forces de réaction au sol

Figure 2. Exemple des forces de réaction au sol... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Pour ces 8 conditions (i.e., 2 vitesses de course et 4 conditions de chaussures), chaque participant a effectué 10 essais. À chaque passage sur la plateforme de force, le pic de force initial, le temps pour ce pic de force et le taux de chargement vertical étaient déterminés. En plus de ces données, les chercheurs ont déterminé la raideur des articulations de la cheville et du genou. Et enfin, ils ont également déterminé un index caractérisant la façon dont le pied se posait sur le sol et exprimé en pourcentage de longueur du pied. Par exemple, lorsque le talon se pose le premier au sol, l'index est inférieur à 33%, cela indique que la pose du pied est "normale".

Résultats & Analyses

Le résultat principal montre qu'il n'y a pas de différences entre les différents types de chaussures de sport au niveau des paramètres étudiés. Par contre, il y a une différence significative entre les essais avec chaussures et pieds nus.

En effet, les résultats montrent qu'entre les conditions avec chaussures et la condition pied nus, tous les coureurs ont modifié leur façon de poser le pied au sol. Ils sont passés d'une pose de pied "talon" avec un index inférieur à 33%, à une pose de pied "mi-pied", avec un index compris entre 33 et 66% de la longueur du pied. Cette façon de poser le pied explique pourquoi les forces d'impact avec le sol sont diminuées lorsqu'un coureur court pieds nus (Fig. 2).

Lors de la course pieds nus, les chercheurs ont constaté qu'avant la pose du pied au sol, la cheville était en légère flexion plantaire et que la raideur de l'articulation de la cheville au moment de la pose du pied était significativement supérieure aux conditions avec chaussures de sport. Toutes ces modifications permettent au coureur de ne pas poser le talon en premier au sol et ainsi de réduire les forces d'impact.

Applications pratiques

L'atténuation des impacts lors de la course à pied, pieds nus, est principalement due à une altération de la technique de pose du pied. Lorsqu'un coureur court pieds nus, il aura tendance à ne pas poser le talon en premier, ce qui réduira les chocs. Cependant, il n'est pas encore clairement établi si cette altération de la course à pied peut diminuer les blessures ou si elle ne pourrait pas en engendrer de nouvelles à long-terme.

Si vous vous laissez tenter par l'essai de modèles minimalistes (i.e., sans semelle intermédiaire, et donc sans amorti), gardez en tête que vous ne devez absolument pas essayer de courir de la même manière qu'avec des chaussures de sport traditionnelles. En effet, pieds nus, si vous courrez en posant le talon en premier, les forces d'impact seront supérieures à celles observées avec des chaussures à amortis, et vous vous exposerez à des risques de blessure importants.

Références

  1. Hamill J, Russell EM, Gruber AH and Miller R. Impact characteristics in shod and barefoot running. Footwear Science 3 (1) : 33-40, 2011.

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