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Relation entre la pose du pied en course à pied et la fréquence des blessures

par A. Manolova | 17 Juillet 2012

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Figure 1. La course à pied, accessible mais pas sans dangers.

Comme nous vous l'avions rapporté dans un précédent article, la course à pied est une activité sportive de plus en plus pratiquée chaque année. Mais alors que ce chiffre est en constante augmentation, la fréquence des blessures l'est également, elle se situerait entre 30 et 75% par an, selon plusieurs études.

Évidemment, les causes de ces blessures sont multifactorielles : surpoids, sexe, blessures antérieures, anormalités biomécaniques, chaussures utilisées, souplesse, force, intensité, durée et fréquence des séances d'entraînement, etc. Pourtant, depuis plus de 30 ans, le nombre de blessures liées à la course à pied n'a pas significativement diminué malgré le fait que les chaussures de sport se soient énormément modernisées avec des systèmes de maintien et d'amortis très poussés. De plus, il semble qu'une planification progressive des entraînements et/ou l'usage de chaussures ou de semelles orthopédiques aient très peu d'effets sur la fréquence des blessures.

Depuis quelques années, certaines études s'orientent vers une remise en cause de l'amorti des chaussures de sport modernes et leur effet sur notre façon de courir. En effet, parmi les coureurs, trois types majeurs de pose du pied sont rencontrés : le premier contact avec le sol se fait 1) soit par le talon ( RFS) (Fig. 2), 2) soit par l'avant du pied (FFS) (Fig. 3), 3) soit par une pose du pied presque à plat (MFS). Bien sûr, cette catégorisation est difficile et pour un même coureur, le pattern de pose du pied changera selon la vitesse, la chaussure, la fatigue, etc. Une pose du pied du style FFS est généralement observée avec le port de chaussures dites minimalistes ou en course pieds nus.

Jusqu'à l'invention des amortis pour chaussures de sport, l'homme a toujours couru soit pieds nus soit avec des chaussures minimalistes, ce qui laisse penser que l'homme pourrait être mieux adapté à un pattern FFS. Mais existe-t-il un lien entre la fréquence des blessures et le type de pose du pied au sol lors de la course à pied ?

L'étude réalisée

Pour répondre à cette question, une équipe de chercheurs de l'université de Harvard, Cambridge, États-Unis, a mené une étude rétrospective (i.e., une étude basée sur des données enregistrées avant l'étude) en analysant la fréquence de blessures selon le type de pose du pied au sol (RFS vs. FFS) chez des coureurs de demi-fond et de fond en compétition au plus haut niveau universitaire américain (Division I NCAA). Les données de cette étude se sont étendues sur 5 années.

Pose du pied au sol avec l'arrière du pied

Figure 2. Pose du pied au sol avec l'arrière du pied (RFS)... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Pose du pied au sol avec l'avant du pied

Figure 3. Pose du pied au sol avec l'avant du pied (FFS)... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Les athlètes étaient au nombre de 52 (23 femmes et 29 hommes) et concouraient sur des courses de 800 m à 10 km. Ils faisaient tous partis de la même équipe, ils étaient tous entraînés par le même entraîneur et étaient suivis par la même équipe médicale. Les distances totales moyennes parcourues par semaine étaient comprises entre 64 km pour les femmes et 72 km pour les hommes. Enfin sur les 52 athlètes de cette étude, les chercheurs ont déterminé que 36 avaient une pose de pied de type RFS et 16 de type FFS.

Tous les athlètes avaient pour obligation de reporter toutes les blessures à l'équipe médicale. Ces blessures englobaient les douleurs musculaires, les tendinites, les douleurs articulaires, les fractures, les entorses, etc. Elles étaient classées selon leur gravité (légère, modérée ou sévère) mais également selon le type de blessures (répétitives, causées par des contraintes répétées ou traumatiques, causées par les douleurs musculaires et les contraintes liées à la vitesse de course) et selon les blessures prédominantes prédites chez les coureurs de type RFS (e.g., douleurs au niveau des genous, des hanches, du bas du dos, aponévrosite plantaire, inflammation au niveau des tibias et fractures au niveau des membres inférieurs à l'exception des métatarses) et chez les coureurs de type FFS (e.g., tendinite au niveau du tendon d'Achille, douleurs aux pieds, et fractures au niveau des métatarses).

Résultats & Analyses

Les principaux résultats montrent que durant la période étudiée, 181 blessures étaient répétitives, parmi ces blessures, 25% étaient légères, 40% modérées et 35% sévères, et 67 blessures étaient traumatiques, parmi ces blessures, 54% étaient légères, 33% modérées et 13% sévères. De plus, 84% des athlètes présentaient des blessures répétitives (88% chez les femmes et 79% chez les hommes). Le fort taux de blessures peut être expliqué par deux raisons principales. La première raison est le niveau compétitif des athlètes, ceux-ci avaient un niveau très élevé et par conséquent, ils étaient amenés à courir plus, plus vite et plus fréquemment. La seconde raison est due au fait de rapporter systématiquement tout type de blessure à l'équipe médicale, cela a sûrement contribué à augmenter ce taux (et il est probable que de nombreuses blessures légères n'aient pas été reportées par les coureurs expérimentés).

Enfin, la comparaison du taux de blessures en fonction du type de pose du pied au sol montre que les coureurs de type RFS présentent 2 fois plus de blessures de types répétitives que les coureurs de type FFS. Néanmoins, aucune différence significative n'existe entre ces deux types de coureurs concernant les blessures traumatiques. Selon les données statistiques, les auteurs ont pu mettre en évidence que le taux de blessures augmente si l'athlète est une femme, que le type de pose du pied est RFS (i.e., le talon en premier), que les distances parcourues sont longues et que l'indice de masse corporelle est grand.

Mais pourquoi la pose du talon en premier lors d'une foulée cause plus de blessures ? Bien que cette étude n'analyse pas les causes, les auteurs proposent toutefois quelques hypothèses, justifiées par des études scientifiques antérieures. Au niveau biomécanique, lorsqu'un coureur pose le talon au sol en premier, un pic de force très net se distingue (Fig. 2), ce pic est quasi inexistant pour les coureurs de type FFS et MFS. De plus, le taux de développement et l'amplitude de la force d'impact au sol sont significativement inférieurs chez les coureurs de type FFS (chaussés ou pieds nus). Or cette force d'impact, bien que diminuée par une amortissement artificiel, a un impact sur les structures musculo-squelettiques et la répétition de ces impacts mènent à différentes blessures au niveau des membres inférieurs.

Toujours au niveau biomécanique, lorsque les chercheurs s'intéressent aux différences qui existent entre les types de coureurs, ils ont remarqué que les moments articulaires, c'est-à-dire les forces qui s'exercent au niveau de nos articulations, étaient très différents selon la pose du pied en course. Tandis que les moments articulaires au niveau des genoux sont plus forts pour les coureurs de type RFS, pour les coureurs de type FFS, ce sont les moments de force au niveau des chevilles qui sont plus importants. Pour résumer, il semblerait que poser l'avant du pied en premier permette un meilleur amorti par le membre inférieur, mais dans ce cas, c'est la cheville qui absorbe le plus de force. À l'inverse, en RFS, le genou et la hanche sont fortement soumis aux forces d'impacts.

Applications pratiques

Les systèmes d'amorti des chaussures de sport sont nombreux sur le marché et plus ou moins perfectionnés. Cependant, ces améliorations technologiques n'ont pas permis une baisse significatives des blessures chez les coureurs. Une étude a même montré que les chaussures les plus amortissantes semblaient causer le plus de blessures, peut-être du au fait que le coureur se sent plus en confiance, et atterrit plus durement sur le sol en pensant que l'amorti le protègera.

Il apparait donc selon cette étude que la meilleure façon de diminuer le taux de blessures est de faire attention à sa façon de courir avec pour objectif de diminuer la force des impacts au sol, et pour cela, courir en posant l'avant du pied en premier semble être une meilleure solution. Cependant, de nombreux coureurs qui posent le talon en premier ne se blessent pas voire très peu. Cela peut signifier que ces coureurs ont une meilleure façon de courir (e.g., meilleure technique de foulée, meilleur amortissement des membres inférieurs, etc.), et qu'une bonne technique de foulée est adoptée par la personne et adaptée en fonction de ses caractéristiques anthropométriques.

Attention néanmoins à la transition d'un type de pose du pied à un autre, aucune étude n'a encore montré si le fait de passer de RFS à FFS diminuait le taux de blessures. Courir en FFS, comme c'est souvent le cas, pieds nus ou avec des chaussures minimalistes nécessite un temps d'adaptation. La course à pied de type FFS est plus exigente au niveau des mollets, car ce sont les muscles de la jambe qui permettent l'essentiel de l'amorti lors de la pose du pied au sol et qui contrôle la dorsiflexion de la cheville tout au long de la foulée. Un coureur qui ne sera pas habitué à ce type de pose du pied pourra éventuellement souffrir de tendinites au niveau du tendon d'Achille, plus fortement sollicité, et de divers douleurs au niveau du pied. Il est donc très important de changer le style de course de manière très progressive en termes de temps, de durée et d'intensité.

Les résultats de cette étude supportent ceux des autres récentes analyses indiquant que les coureurs tout comme les chercheurs devraient faire plus attention à comment les gens courent plutôt qu'à ce qu'ils portent à leurs pieds.

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Références

  1. Daoud AI, Geissler GJ, Wang F, Saretsky J, Douad YA and Lieberman DE. Foot strike and injury rates in endurance runners: A retrospective study. Med Sci Sports Exerc 44 (7) : 1325-1334, 2012.

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