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Olivier Bolliet, Préparateur physique

par Sci-Sport.com | 18 Septembre 2012

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Bonjour Olivier, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

La Préparation Physique Moderne
Les tests de terrain

O. Bolliet - Je m’appelle Olivier Bolliet, j’ai 34 ans et je suis préparateur physique indépendant et titulaire d’un doctorat en sciences du sport que j’ai soutenu en 2004. Je suis également formateur pour le Master Professionnel à l' U.F.R. S.T.A.P.S. de Lyon en préparation physique dans les matières de terrain.

Je suis avec Aurélien Broussal-Derval, le co-auteur de deux livres : "La préparation physique moderne" et "Les tests de terrain". Ce second livre est prévu pour la dernière semaine de septembre, il référence une bonne partie des tests de terrain que nous jugeons utiles. L’objectif est de permettre aux entraîneurs d’y voir un peu plus clair dans le vaste choix des tests de terrain existants et de savoir lequel prendre pour quel public.

Quel a été ton parcours universitaire et professionnel ?

O. Bolliet - A l’origine, je suis entraîneur d’athlétisme, j’ai un Brevet d’Etat. J’ai réalisé mon cursus universitaire à l’U.F.R. S.T.A.P.S. de Lyon. En parallèle, j’étais athlète de haut-niveau dans les catégories jeunes en athlétisme.

A la fin de ma Maîtrise (i.e., ancien MASTER 1ère année) se posait la question de savoir si j’allais continuer. J’étais quand même intrigué par le monde de la recherche universitaire et, à cet époque, je pensais, peut-être innocemment, que la réponse aux questions des entraîneurs se trouvait vraiment dans la recherche. Rétrospectivement, elle s’y trouve pour une part, mais pas la part que j’imaginais à l’époque.

Je me suis donc lancé dans un doctorat, j’ai fait un D.E.A. (i.e., ancien MASTER 2ème année) entre Lyon, Dijon et Clermont-Ferrand Option physiologie, puis j’ai fait mon doctorat à Lyon sous la direction du Professeur Christian Collet sur Les indicateurs neurovégétatifs de la préparation à l'action dans les activités sportives de force explosive. Cela a toujours été le fil rouge de ma vie d’athlète/entraîneur/chercheur.

Au cours de ma thèse, je me suis vraiment rendu compte que ma place était réellement sur le terrain plutôt que dans la recherche. J’ai terminé ma thèse et je suis retourné sur le terrain. J’ai eu beaucoup de chances, j’ai pu intervenir tout de suite dans le haut-niveau et cela a fait boule de neige. Je gagne maintenant ma vie avec la préparation physique. Mais je garde un pied dans l’université avec la formation à Lyon 1 dans le diplôme qui m’a vu passé il y a une quinzaine d’années maintenant…

Quelles étaient tes motivations pour t'orienter vers la préparation physique de haut-niveau ?

O. Bolliet - Je pense que je fais parti des nombreux entraîneurs / préparateurs physiques qui n’ont pas totalement fait ce qu’ils voulaient dans leur vie sportive. J’étais lanceur de poids, et une mauvaise blessure au dos a stoppé net ma carrière d’athlète de haut-niveau. Mon univers c’est le monde de la performance, alors je me suis dit qu’entraîner les autres, c’est à peu près aussi séduisant que de s’entraîner soi-même. Comme je n’ai pas pu rester en bonne santé, continuer ma carrière d’athlète et faire des performances alors j’essaie que les autres puissent le faire.

Après le prix à payer pour être dans le haut-niveau est assez élevé. On ne gagne pas spécialement plus d’argent que les personnes travaillant dans le coaching particulier, et il y a une autre pression, ce n’est pas tout rose. Cela fait rêver de l’extérieur, c’est fantastique au quotidien, mais il faut faire avec les grosses déceptions et tenir compte des difficultés.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ?

O. Bolliet - Je travaille principalement avec les sports de glace. Je travaille pour le Pôle France de Danse sur glace de Lyon qui est le premier à m’avoir donné une chance dans le très haut-niveau. C’est le gros de mon activité. Je travaille aussi depuis 3 ans avec Lyon Natation. Nous avons eu la chance d’avoir un nageur, Romain Sassot (Fig. 1), qui est parti à Londres aux Jeux Olympiques pour un relais mais qui n’a malheureusement pas eu de médaille (10ème au 4 x 100m 4 Nages). Et enfin, je travaille pour le pôle France de patinage artistique d'Annecy. Voilà le gros de mes activités avec la formation.

Romain Sassot et Olivier Bolliet

Figure 1. Olivier Bolliet en compagnie de Romain Sassot.

Depuis le temps que tu travailles dans le domaine du haut-niveau et avec l’expérience que tu as accumulé au fil des ces années, à quel point attaches-tu le plus d’importance aujourd’hui ?

O. Bolliet - Cela a changé avec le temps, mais aujourd’hui, je cherche le compromis entre la prévention des blessures et le développement. Avec le temps je me suis rendu compte qu’être sur le fil du développement extrême des qualités physiques avec le risque potentiel de se blesser était, d’un point de vue déontologique et strictement pragmatique, trop risqué. Je résume cela en disant qu’il vaut mieux un athlète sur ses deux pieds à 95% de ses capacités qu’un athlète affuté à 102% mais "pété".

Justement au niveau pratique as-tu une méthodologie de travail particulière ?

O. Bolliet - J’ai une méthodologie d’évaluation que j’ai mis beaucoup de temps à développer et qui est en constante évolution. Cela passe principalement par des moyens de terrain car il s’agit d’être fonctionnel sur le terrain. Nous n’avons généralement pas la logistique et le matériel des laboratoires scientifiques. Il s’agit donc d’être à la fois le plus précis possible mais de ne pas y passer trop de temps.

Alors je passe par une analyse des déséquilibres musculaires à la fois en statique analyse posturale) et en dynamique, ce qui me permet de créer mes plans d’entraînement. Je fais cela pour les athlètes que j’entraîne en individuel, car pour les groupes, ce n’est pas possible, ce sont des évaluations assez fines, et c’est malheureusement limité à l’individuel.

Parmi les outils d’analyse qui ont été développés ces dernières années, quel serait ton top 3 ?

O. Bolliet - Tout d’abord, je dirai les cardio-fréquencemètres pour le système aérobie. Ils sont devenus très abordables aujourd’hui. Cela reste un outil très simple, très utile et très facile d’utilisation.

Ensuite, il y a l’Optojump. Parce que ce n’est pas trop lourd à faire tourner, surtout si on a un pied à terre, on peut le laisser brancher à un vieil ordinateur en permanence, et ce n’est pas long à mettre en route. Cet appareil rend vraiment bien service dans les activités de force-vitesse ou de force-détente.

En troisième place, je mettrais les électro-stimulateurs, pas pour le développement, mais pour les retours de blessures, la récupération et la gestion des petits pépins physiques au quotidien.

Après, je suis relativement "Old school". Une fois que l’on a identifié les maillons faibles dans les chaînes musculaires, je n’ai pas trouvé mieux que les haltères pour développer la force fonctionnelle dont nos athlètes ont besoin.

Peux-tu nous donner un aperçu de ton prochain livre, co-écrit avec Aurélien Broussal-Derval, "Les tests de terrain" ?

O. Bolliet - C’est un livre écrit sous forme de fiches. Il y a des introductions de chapitres où nous brossons très rapidement les systèmes énergétiques ou les qualités physiques, mais l’objectif n’était pas de réécrire un livre sur la physiologie. Cela reste une approche de terrain, car nous voulons que cela soit fonctionnel.

Olivier Bolliet en compagnie du couple Isabelle Delobel-Olivier Schoenfelder aux Jeux Olympiques de Turin 2006

Figure 2. Olivier Bolliet en compagnie du couple Isabelle Delobel-Olivier Schoenfelder aux Jeux Olympiques de Turin 2006.

Les fiches sont classées par caractéristiques physique et physiologique : aérobie, force, vitesse, endurance, souplesse, composition corporelle, tests d’évaluations des raideurs musculaires, etc. Il y aura les principaux tests que nous aimons utiliser avec les avantages et les limites de chaque test. Le but est que les professionnels du sport s’y retrouvent parmi tous les tests existants.

Le livre sera également agrémenté de nombreuses photographies où Aurélien et moi-même avons joué aux modèles et qui permettent d’illustrer nos propos.

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

O. Bolliet - Ce qui me passionne le plus, c’est d’accompagner un sportif, saison après saison, au quotidien pour la haute performance. J’ai eu la chance de le faire avec Olivier Schoenfelder et Isabelle Delobel (Fig. 2 et 3), par exemple, que j’ai suivis pendant 5-6 ans d’affilée, et qui ont eu des titres fantastiques de Champions d’Europe 2007 et Champions du Monde 2008 mais aussi de grosses désillusions olympiques (6ème en danse sur glace aux Jeux Olympiques de Vancouver 2010).

Accompagner au quotidien les athlètes, cela reste quand même une expérience exceptionnelle, mais dans les deux sens : ce sont de grands moments de bonheur, mais aussi de grandes déceptions et des moments de doute.

Dans les 5 premières années de ma carrière, c’était l’accompagnement des athlètes de haut-niveau qui était ma priorité mais maintenant, j’aime également accompagner une personne qui a un projet, un problème physique quelque soit son niveau. Suivre les gens au quotidien, les rendre moins blessés plus fonctionnels, c’est ce qui me passionne.

Olivier Bolliet en compagnie d'Olivier Schoenfelder.

Figure 3. Olivier Bolliet en compagnie d'Olivier Schoenfelder.

Ce que j’apprécie le moins, c’est la difficulté qu’ont les jeunes entraîneurs à gagner leur vie. Ce n’est pas un problème unique et limité à notre métier. Mais du coup, cela ne permet pas à certains entraîneurs d'exprimer pleinement leurs compétences.

Et puis, il y a la difficulté à se faire une place en tant que préparateur physique freelance. La majorité de mes collègues dans le sport de haut-niveau sont des cadres fédéraux ou des cadres d’état. Il y a très peu de places pour les gens indépendants. Cela reste assez verrouillé par le système étatique. Dans un certain sens, c’est assez compréhensible car on peut imaginer la cacophonie si chaque joueur d’un même club prend un préparateur physique différent…

Mais il y a l’exemple inverse de ce que je viens de décrire, il doit y avoir une place pour les athlètes qui sortent du système, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, et qui veulent construire eux-mêmes leur staff technique. Cela devrait être plus facile mais cela change tout doucement quand même.

Ce que j’ai vécu de plus riche au niveau professionnel, c’est quand c’est l’athlète qui me rémunère à titre personnel sur l’argent qu’il peut gagner en tant que sportif. Il me choisit lui-même, pour diverses raisons, et on est protégé du concept où l’athlète n’adhèrerait pas trop au projet, etc. Cela fait passer la relation à un autre niveau de fonctionnement. Néanmoins, c’est très rare, et il est donc très difficile d’en vivre. Je pense que le futur des préparateurs physiques est de diviser leur profession entre du coaching de particuliers, de la préparation physique de haut-niveau et de la formation.

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

O. Bolliet - Il y a des gens de très bonne volonté qui font le lien et qui ont le souci d’aider les entraîneurs, mais je trouve qu’il n’y en a pas tant que cela. Mais finalement, c’est assez compréhensible quand on connait le système d’évaluation des chercheurs, qui dépend des publications scientifiques. Néanmoins, rien n’empêche les chercheurs à prendre sur leur temps pour essayer d’appliquer leur recherche.

De l’autre côté, les entraîneurs ne sont pas assez demandeurs auprès des chercheurs. Il est clair que les chercheurs n’ont pas toutes les réponses, mais eux-mêmes ne le prétendent pas. Il ne faut donc pas que les entraîneurs considèrent qu’ils n’ont rien à apprendre des chercheurs et de l’autre côté, il faut que les chercheurs se penchent encore plus sur les problématiques de terrain.

Merci Olivier d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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Olivier Bolliet - www.olivierbolliet.com
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